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Pio, sous
le signe de la croix Notre Dame de Guadelupe, La Morenita Marie Julie Jahenny Agapéthérapie
Agapéthérapie
Cette culture en vase clos prolonge celle des épicuriens, plus profondément qu’une arithmétique des plaisirs, car elle recherche plus formellement un état d’harmonie. Mais elle est orientée aux antipodes de l’Évangile qui nous apprend non la culture de soi, mais la culture des autres et de l’Autre par excellence qui est Dieu, car c’est par le don de nous-mêmes aux autres que nous nous donnons en définitive à Dieu : « Ce que vous avez fait au moindre d’entre vous, c’est à moi que vous l’avez fait », dit Jésus en Mt 25. Cette révolution, de l’égoïsme à l’altruisme, réalise en nous l’image de Dieu ; car en Dieu, les personnes ne sont pas des individus égocentriques. Les Personnes divines ne sont que don les unes aux autres et se retrouvent dans l’identité de leur amour. C’est pourquoi la Révélation a recouru à un mot rare, inusité en grec, mais poétique et prestigieux : agapè, dans et par lequel elle a projeté et révélé l’amour véritable, l’amour qui est en Dieu : le don de soi par lequel s’accomplissent la rencontre, la communication, l’unité.
L’amour s’accomplit graduellement dans la famille. Cela commence chez l’homme et la femme par le désir de l’autre personne avec qui et par qui s’accomplira l’avenir. Et ce désir, s’il est bien né, fait brèche dans les égoïsmes pour se donner à l’autre, faire le bonheur de l’autre qui sera un bonheur commun si ce don est mutuel, réciproque à l’image de Dieu ; ce n’est pas toujours le cas, mais quand les époux ont des enfants, c’est une autre étape, et les plus égoïstes savent se donner à leurs enfants et faire l’impossible pour eux. Car leurs enfants ont besoin de tout, ne leur donnent rien (sauf l’amour et la reconnaissance). Les parents se mettent spontanément à leur service et c’est le bonheur le plus sûr de leur vie. La psychanalyse de Freud a exercé une profonde influence. Ce fut une révolution pour ne plus construire la vie, de l’extérieur, par les normes agressives d’un moralisme accablant qui prédominait dans le formalisme protestant ou catholique. Freud a appris aux hommes à se réconcilier avec leur libido, leur dynamisme viscéral. On en est largement resté à cette libération ; on a trop oublié que Freud compensait le principe de désir et de plaisir par le principe de réalité, donc l’adaptation au réel, de la liberté personnelle avec les libertés d’autrui. Le christianisme n’est pas un moralisme. Il est une révélation de la vie, de l’amour, à l’image de Dieu, à l’image du Christ dont la vie n’a été que don de lui-même, jusqu’au plus grand amour : donner sa vie pour sauver les autres. Le recentrement de l’ego sur autrui qui transfigure le désir
en don, c’est la Révélation chrétienne fondamentale,
la révélation de l’amour tel qu’il est en Dieu,
car Dieu est Amour ; c’est sa vie, son Acte pur, son Être
même, et cet acte, c’est le don du Père au Fils, le
don en retour du Fils au Père, si radical, si profond que cet échange,
cette réciprocité est une troisième Personne, le
Saint-Esprit qui est leur don et leur amour même : analogue au «
nous » d’époux unis. L’Esprit Saint est le NOUS
de la Trinité. Ce « nous » est une Personne intérieure
aux deux autres, comme le Fils est dans le Père et le Père
dans le Fils. Il fallait pour signifier cela un mot nouveau : L’égothérapie nous recentre sur nous-mêmes et conduit souvent à l’évanescence et à la déception. Nul ne s’assouvira en lui-même et par lui-même, mais dans la solidarité, car les personnes ne peuvent s’accomplir que par leurs relations interpersonnelles et, en définitive, par la relation aux trois Personnes, « sommet de toute relation » : le Père, le Fils et l’Esprit Saint qui nous intègrent à cet amour suprême. L’avenir de l’homme n’est pas dans l’égothérapie. Il est dans l’agapèthérapie. Des psychologues canadiens, à l’avant-garde de la psychologie moderne, ont créé l’agapèthérapie : une thérapie par l’amour. À l’heure où la psychothérapie a semblé se substituer à la direction spirituelle comme la Sécurité sociale à la charité, c’est un heureux événement que la confluence de la foi et de la psychologie moderne dans ce mouvement apparu au Canada qui s’appelle agapèthérapie. Il existe aujourd’hui en France, dans le diocèse de Toulon, grâce à Marie-Laurence et Pascal Parinet que Monseigneur Rey, évêque de Toulon, a su accueillir dans la Maison diocésaine de Toulon.
Nous avons interrogé les responsables de cette heureuse et fructueuse
initiative.René Laurentin : Marie-Laurence et Pascal, pourquoi
avez-vous fondé ce centre ? Mais par qui et où exactement commença ce mouvement
? Est-ce au Canada que vous êtes entrés dans cette voie ? Si j’ai bien compris, c’était surtout une recherche
personnelle ?
Quand avez-vous fondé le centre de Toulon ? Pourquoi avez-vous adopté le terme d’agapèthérapie,
puisqu’il y en avait d’autres au Canada ? Combien de personnes admettez-vous à chaque session ? Quelles sont les principales étapes et comment conduisez-vous
les sessions ? Comment s’articulent les divers temps de chaque journée
? Le caractère chrétien de ces sessions suscite-t-il parfois
des réactions, des difficultés, des départs ?
Oui, car il ne s’agit pas seulement de pardonner mais de recevoir
le pardon, de le demander afin que la grâce de Dieu nous conforme
à sa miséricorde envers nous. Programmes sur simple demande à : Maison diocésaine Sainte Marie-Madeleine, 36, impasse Chez Nous, 83110 Sanary-sur-Mer. Tél. : 04 94 88 14 97.
Saint Hildegarde L’un des apports les plus remarquables consiste en sa psychothérapie, décrite dans deux ouvrages de visions : le Livre des Mérites de la Vie (non encore publié en français), et le Scivias (éditions du Cerf). Sainte Hildegarde composa également de nombreux chants spirituels. Pour régler des conflits d’autorité avec des sœurs de son couvent, elle leur a proposé une sorte de musicothérapie sous forme d’un oratorio, l’Ordo virtutum (mettant en scène les vertus), qui est sans doute la première comédie musicale. Les deux experts allemands précités ont souligné l’aspect fondamental des soins de l’âme prioritaires par rapport à ceux du corps dans Le Manuel de la médecine de Sainte Hildegarde (Ed. Résiac, 1989). Le naturopathe Strehlow l’explicite méthodiquement dans La Guérison du corps et de l’esprit selon Hildegarde de Bingen (Ed. Dangles, 2002). Cet ouvrage a le mérite de reprendre de larges passages de la plume de l’abbesse, il est le fruit d’une longue expérience, propose des solutions intéressantes, mais dévie parfois sur des considérations anatomiques du corps humain qui ne sont pas toujours exactes. Soulignons quelques principes de cette psychothérapie. - Sainte Hildegarde donne une conception unifiée de l’être humain avec des interactions corps / âme / esprit, qui est microcosme au sein de l’univers macrocosme : l’âme commande au corps (« comme la sève dans l’arbre ; elle est comme le pouvoir qu’a l’arbre de faire pousser des fruits », écrit-elle) ; l’homme est en interdépendance avec l’univers ; et surtout la guérison vient de Dieu seul. Ainsi l’état de bien-être spirituel résulte-t-il à la fois d’un puisement à nos forces profondes (centre divin) et aux énergies de l’univers créé par Dieu. - Par révélation privée, la visionnaire bénédictine expose l’opposition de 35 faiblesses égoïstes (vices) et de 35 forces positives (vertus) au sein de l’âme humaine, plus ou moins inconsciente. Par exemple, le sentiment de résignation qui peut entraîner des comportements de lâcheté ou de compromission est contre balancé par le sentiment de victoire de Dieu sur les ténèbres. Ou encore, le souci des choses terrestres, par l’aspiration aux choses célestes, etc. La thérapie va transmuer les faiblesses en forces par un travail de prise de conscience, volontaire et soutenu. Les remèdes physiques de sainte Hildegarde tirés de la Nature (décrits dans deux autres traités) peuvent certes être des appoints d’importance (en particulier certaines pierres précieuses, dont Hildegarde spécifie qu’elles ont une signature divine à triple dimension). Il ne s’agit pas ici de magie, puisque tout est relatif à la foi et à l’espérance en Dieu et en Sa Parole. - La psychothérapie selon sainte Hildegarde est donc une spiritualité de résolution des contraires de nos profondeurs. Cette conception est moderne aussi : les psychanalystes Jung et même Freud (pulsions de mort et de vie) ont décrit de tels processus de la psyché. Et sans avoir recours à des psychanalyses fastidieuses voire hasardeuses, des courants plus récents envisagent de susciter nos ressources positives souvent restées enfouies par des thérapies de plus brève durée. Il est établi que la négativité, le stress nocif détruisent la santé. A contrario, la prière, les émotions et les pensées positives, surtout l’amour, sont bénéfiques : par exemple sur la cicatrisation, la tension artérielle, le taux de cholestérol dans le sang, la digestion, l’immunité, la réduction des douleurs, etc. Certains auteurs contemporains reprennent ce thème : voir à cet égard le best-seller récent de D. Servan-Schreiber Guérir, et mon livre Rendez votre stress créatif (Ed. Le Sarment, 2000). Selon l’approche de Simone Pacot et du groupe d’accompagnement psychospirituel Béthesda (voir L’Évangélisation des profondeurs, Ed. du Cerf avec imprimatur, 1997), le combat spirituel entre les vices et les vertus peut se situer dans le repérage des fausses routes empruntées après les blessures psychiques que nous avons subies, puis dans la réorientation vers l’observance des lois de vie fondamentales, voulues par Dieu pour notre bien (« Reviens à la vie ! », 2002 ; « Ose la vie nouvelle ! », 2003). - En pratique, chacun pourra repérer ses propres vices à partir de la liste des 35 vices et vertus ; le thérapeute propose alors la lecture et la méditation d’extraits des paroles attribuées par sainte Hildegarde aux vertus correspondantes. On retient celles qui touchent particulièrement au niveau émotionnel. Il s’agit ici d’interpeller la dimension « cœur » en profondeur de l’âme. Des extraits de la Bible bien choisis, voire des paroles de connaissance ou des visions charismatiques peuvent apporter une amplification de la transformation positive de l’âme. Ainsi sainte Hildegarde est-elle une thérapeute, au sens littéral (= qui nous conduit à Dieu) en nous aidant à puiser avec bonheur à ce qu’elle appelle la virditas, autrement dit l’énergie vitale d’ordre universel. Sa médecine naturelle et sa psychothérapie éminemment chrétiennes harmonisent les domaines physiques, psychique et spirituel de l’être humain, anticipant au XIIe siècle les aspects modernes de la médecine psychosomatique et des thérapies psychospirituelles. Docteur Philippe Loron |
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