n° 116
15 déc.
98
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NOTRE-DAME
de Coromoto
Marie
fondatrice de la foi au Venezuela
J'ai été invité du 22
au 29 septembre 1998 au Venezuela pour un congrès marial organisé
par deux prêtres, mes étudiants ˆ l'université de Dayton.
C'était mon troisième voyage, le premier datant de 1963,
pour la première de mes conférences dans toute l'Amérique
du Sud, où la Conférence Žpiscopale française m'avait
envoyé pour acclimater la nouvelle donne de Vatican II. La seconde,
en 1988, pour rencontrer Maria Esperanza, la voyante de Betania, les premières
apparitions reconnues après Bauraing et Banneux, par jugement de
Mgr bello ricardo. J'ai profité de ce voyage pour les rencontrer
à nouveau le 21 novembre 1987.
Entre-temps, j'avais été avisé
d'un délicat problème local, comme s'il y avait une sorte
de concurrence entre ces récentes apparitions de Betania commencées
en 1976 et les antiques apparitions de Coromoto, qui remontent à
1652 et où l'Eglise a reconnu l'évènement fondateur
de la foi parmi les Indiens, au Venezuela. C'est durant l'époque
où l'on reprenait connaissance historique de l'évènement
lointain et où l'on construisait le sanctuaire national que les
apparitions de Betania créèent l'évènement
populaire. Il n'y eut pas de guerre des apparitions, mais une sage entente
pour hiérarchiser le modeste sanctuaire diocésain et le haut
lieu que Jean-Paul II lui-même est venu consacrer en présence
de l'épiscopat et du peuple : un évènement pour ce
pays deux fois grand comme la France, le plus au Nord de l'Amérique
du Sud, dont la population, à 90 % catholique, s'est accrue de 2
à 20 millions d'habitants sur un fond d'origine indienne.
A tout Seigneur tout honneur. J'ai visité
Coromoto et je parlerai d'abord de ce lieu, avant de raconter ma visite
à Betania et à la famille de Maria Esperanza, qui m'accueillit
avec chorale à l'aéroport de Caracas, le 22 septembre, avec
toute la chaleur chrétienne et vénézuelienne imaginable:
ce qui n'est pas peu dire.
C'est donc le lundi 28 septembre, et après
le Congrès marial où la Vierge fut honorée d'un grand
cÏur, que nous avons pris la route à travers la végétation
luxuriante de ce beau pays tropical, vers Guanare, ville aujourd'hui épiscopale
qui conserve les archives de Coromoto et le sanctuaire primitif où
l'on vénère encore Notre-Dame. Chez les alors, je pus examiner
les archives et dresser la bibliographie de l'évènement,
puis visiter le sanctuaire local que Pie XII avait érigé
en basilique mineure en 1949.
Cinq ans après avoir déclaré,
le 7 octobre 1944, par brève pontificale, Notre-Dame de Coromoto
principale patronne de la république du Venezuela.
Le 11 septembre 1952, le Cardinal Manuel Arteaga
y Betancourt (+ 1963), l'archevêque de la havane délégué
pontifical, couronna canoniquement, dans la même église, l'image
de Notre-Dame de Coromoto.
Ces décisions redonnèrent vie
au sanctuaire. Les apparitions de Betania, où la prolifération
enthousiaste des voyants inquiétait, tandis que l'évêque
de Los Teques poursuivait patiemment son enquête et son discernement,
ramenèrent l'attention sur la tradition ancienne. L'on discerna
l'attention maternelle de Marie aux sources de la foi dans cette nation.
Ce n'est pas que l'Evangélisation ait
commencé au XVIIe siècle. Mais les Indiens Kospes, établis
à Coromoto, résistaient à la présence espagnole
et s'opposaient aux missionnaires.
C'est alors, en 1652, que Notre-Dame intervint.
Elle apparut au cacique indien. Il lui décocha une flêche,
et en retour, elle fit parvenir dans sa main la petite image que l'on conserve
aujourd'hui précieusement. Ce fut le point de départ de la
conversion des Indiens vers un christianisme particulier, qui ne devait
rien à la conquête, mais tout à Notre-Dame elle-même.
au Venezuela comme à Mexico et ailleurs, la Vierge eut soin de se
manifester non point aux conquérants, mais aux Indiens sur leur
site propre. Comme on le lira dans le récit populaire de l'apparition.
C'est le 2 février 1975 que surgit
l'idée d'élever un autre sanctuaire à Notre-Dame,
sur le lieu même de l'apparition : Coromoto, à 20 kilomètres
de Guanare.
Le 18 février 1976 fut fondée
l'association civile Venezuela à la Vierge de Coromoto, bénie
par les évêques le 4 août, après approbation
des premiers statuts le 20 mai.
Le 10 septembre, la première pierre
du sanctuaire national fut posée. Le 3 février suivant, une
page de Coromoto fut transférée dans le village le plus proche
du site présumé de l'apparition.
En 1980 commença la pose des 252 pilotis
pour soutenir le nouveau sanctuaire national, car il fallut aller chercher
le roc pour les fondations à 40 mètres de profondeur.
Le 27 janvier 1985, Pie XII couronna l'image
nouvelle de Notre-Dame de Coromoto.
Malgré la tradition ancienne et ininterrompue,
on s'inquiétait de l'incertitude de l'intelligentsia, mais un Frère
érudit, Nectario Maria, releva le défi et publia un gros
volume sur les fondements historico-canoniques de la tradition, qui ne
manquaient pas, car il y eut à partir du XVIIe siècle trois
informations officielles successives :
1) La première, en 1668, fut ouverte
par le licencié Juan Caldera de quinodes, prêtre remarquable,
par mandat de l'évêque fray alonso briceno, évêque
de Caracas et trujillo 1661-1668. A la demande de la population, il interrogea
sept témoins. Deux compagnons n'avaient vu en même temps que
le cacique : bartolome sanchez et juan, si brillant, ainsi que l'Indienne
isabelle sobrino, proche tŽmoin. C'est alors que fut fondée officiellement
la confrérie de Santa maria de coromoto. Cette première information,
réalisée par le Frêre nectario, n'a malheureusement
pas été retrouvée après sa mort accidentelle,
survenue le 3 octobre 1986.
2) La seconde information juridique fut faite
en 1728 par le docteur pedro fransisco pesada, en un temps où il
n'y avait plus de survivants. On interrogea sept membres de la confrérie
(dont les dépositions ont été conservées).
3) La troisième information fut réalisée
par le docteur Carlo herrera, quatre-vingt-douze ans après l'apparition,
mais recueille les souvenirs des témoins de la tradition.
Après la mort du Frère nectario,
l'Eglise, très soucieuse par ailleurs de la vérité
historique, n'oublia pas d'être aussi sensible à la tradition
vivante où s'expriment les sens et la foi des fidèles. Les
traditions communautaires et priantes ininterrompues sont restées
le fondement principal de nombre de sanctuaires. Et c'est en considération
de cet autre facteur que la Pape Jean-Paul II a béatifié
juan diego, le voyant de Guadalupe, au Mexique, dont certains historiens
avaient à un moment mis en doute l'existence. L'histoire a, depuis,
retrouvé quelques jalons meublant le long silence devant lequel
la vénération de Notre-Dame avait continué sur le
site où son apparition avait supplanté le culte indien de
la cruelle déesse Tonantain a qui on faisait, jusqu'au début
du xvie siècle, des sacrifices humains.René Laurentin
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