CHRETIENS
MAGAZINE

n° 120
15 avril 99
SOMMAIRE
BULLETIN D'ABONNEMENT
 

Bientôt La Journée pour la Vie
 

Le prince méconnu
Le frère ainé de Louis XVII
 

Le Linceul de Turin
Y a-t-il recoupement entre les 3 reliques du Christ:
Linceul de Turin, Tunique d'Argenteuil, Suaire d'Oviedo


Suaire de Turin

Tunique d'Argenteuil lors de l'ostension de 1983

Suaire d'Oviedo

La Revue internationale du Linceul de Turin revient sur les thèses des Russes Ivanov et Kouznetsov. Selon Monsieur Georges Salet, le réchauffement du linge par l'incendie de 1532 ne pourrait expliquer les rajeunissements apparents de onze siècles pouvant démontrer la datation tardive du carbone 14 en 1988. Georges Salet reprend en cela la même démonstration thŽorique et technique de son article dans le n° 3 de la même Revue internationale du Linceul de Turin.
J'ai téléphoné au Père Jean-Baptiste Rinaudo, spécialiste du nucléaire, qui suit de près tous les aspects de la question.
Au Congrès de Turin, m'a-t-il précisé, M. Mario Moroni et son équipe scientifique ont poursuivi des vérifications sur les terrains technique et pratique. Selon leurs premiers tests, le réchauffement d'un tissu ne lui donne un rajeunissement apparent que d'un siècle environ: ce qui serait tout à fait insuffisant pour expliquer l'erreur des tests de 1988.
En revanche, ils ont poussé une nouvelle expérience surprenante. Ils ont soumis à une chaleur comparable à celle de l'incendie de 1532 le tissu d'une momie égyptienne (que Jacques Evin avait datée de 160 avant Jésus-Christ).
Ils avaient procédé à deux tests différenciés.
Ils avaient soumis à une chaleur comparable à l'incendie de 1532 un premier morceau de lin: tel quel, le rajeunissement avait été insignifiant, de l'ordre d'un siècle.
Le second morceau de lin avait été irradié avant d'être soumis à la chaleur et le rajeunissement était de plus de dix siècles.
Si donc le Linceul de Turin a été irradié au matin de Pâques 30, selon l'hypothèse du Père Rinaudo, il pourrait avoir subi un rajeunissement considérable. Et l'hypothèse de Kouznetsov reste probable.
Mais pourquoi cette différence entre le lin irradié et le lin non irradié ? C'est que le tissu irradié aurait été enrichi en sites d'accrochage du gaz carbonique et, par lˆ, du carbone 14.

Tunique d'Argenteuil
On reparle à nouveau de la Tunique d'Argenteuil, donnée par l'impératrice Irène de Constantinople à l'empereur Charlemagne en août 800, quand elle envisageait un mariage avec lui, et par lui confiée au monastère d'Argenteuil, proche de Paris, que dirigeait sa fille, l'Abbesse Theodorade. Ce serait la tunique sans couture dont le Christ fut dépouillé au pied de la Croix.
Selon les études du Père François le Quéré, Saint Pierre, probable dépositaire du linceul et du suaire enveloppant le visage (Jean 20, 7 et l'Evangile apocryphe des Hêbreux), aurait emmené ces linges à Jaffa, avec la tunique, quand il se réfugia chez Simon le corroyeur après la persécution qui le chassa de Jérusalem vers l'an 36. Et c'est là que la tunique fut retrouvée en 590-591, au témoignage de Frégédaire + 660 (Act 10, 6; François Le Quéré, la Sainte Tunique d'Argenteuil, Ed. de Guibert, 1997, et ses conférences ultérieures).
Le tissu est antique et porte de nombreuses taches de sang humain. Des recherches entreprises en 1890-1892 et 1932-1934 ont confirmé qu'il s'agit bien de sang humain, mais dans un êtat qui ne permet pas d'identifier le groupe sanguin. Le COSTA (Comite pour la Sainte Tunique d'Argenteuil) a repris la recherche. Il a reuni à Argenteuil, le 14 novembre 1998, une première table ronde où le CIELT était représenté par Messieurs Alonso et Marion. D'autres spécialistes représentaient le CSST le TSCC, (USA) et l'EDICESES ainsi que Madame Flury-Lemberg, l'expert suisse des tissus anciens, et l'abbé Le Quéré, auteur d'un premier livre sur la Sainte Tunique d'Argenteuil, Selon l'étude comparative, poursuivie depuis 1934 et récemment intensifiée, les taches de sang de la tunique correspondent à celles du Linceul. La confrontation des taches aux épaules et dans le dos conduit à l'hypothèse que le supplicié du Golgotha aurait porté non seulement la poutre transversale, mais la Croix tout entière. C'est le résultat de plusieurs tests convergents avec simulation et méthodes informatiques dont les résultats vont dans le même sens:
la correspondance exacte des blessures semble être un argument essentiel en faveur de l'authenticité des deux reliques qui auraient bien enveloppé le même homme: Jésus de Nazareth. On imagine d'ailleurs difficilement qu'un faussaire ait pensé à mettre en relation de façon aussi parfaite les deux objets transmis de manière tout à fait indépendante.
Ces travaux seront exposés et illustrés dans un ouvrage intitulé Jésus et la science, la vérité sur les reliques du Christ, encore en préparation. Le CIELT n'indique ni l'auteur ni l'éditeur.
Les équipes scientifiques sont retardées dans leurs travaux, faute d'être autorisées é tester sur la relique elle-même. Ils n'ont pu obtenir de l'évêque de pontoise l'autorisation de faire de nouvelles photos, mais ont pu heureusement retrouver les photos à l'infrarouge faites par Gérard Cordonnier en 1934.
A l'issue de la réunion du 14 novembre 1998, ils ont décidé de créer un conseil scientifique international pour tenter d'obtenir des autorités religieuses compétentes l'accès à la relique afin de réaliser leur programme de travail et des normes de moyens de sécurité pour la conservation du précieux tissu qui fut volé pendant plusieurs mois, du 13 décembre 1983 à février 1984. Le Comité souhaite une ostension solennelle en l'an 2000. Cette ostension pourrait coïncider avec celle du Linceul de Turin: du 26 août au 22 octobre de l'an prochain. Mais tout cela dépend de l'évêque du lieu (Pontoise) jusqu'ici réticent.
J'ai fait cette objection:
- Pendant la Révolution, le prêtre qui sauva la Tunique l'avait découpée en morceaux, pour les confier à des chrétiens sûrs. La Tunique n'est donc plus sans couture, comme dit l'Evangile (Jean 19, 23). Est-on sûr que les trois morceaux ont été recousus correctement ? Question fondamentale pour la confrontation des taches de sang.
- Oui, m'a répondu M. Winfried Wurmeling, secrétaire général du Costa, car le principal (le haut de la tunique: col, épaules, manches, etc.) avait été découpé en grands morceaux dont l'assemblage allait de soi. Le bas de la Tunique avait été coupé en plus petits morceaux dont beaucoup ne sont pas revenus et ont été cédés, y compris aux papes à Rome.
Il y a donc là une hypothèse sérieuse qui mérite vérification. Mais il faudrait pour cela l'accès direct à la Tunique.

Suaire d'Oviedo
Une 3e relique, également fort ancienne, est aussi l'objet de recherches poussées : le suaire d'Oviedo (en Asturie, au nord de l'Espagne). Ce serait non plus la tunique, tirée au sort au Golgotha, ni le Linceul mortuaire du ressuscité, mais le Suaire (Soudarion : Jn 20, 6), c'est-à-dire le linge qui couvrait le visage, selon la Tradition et l'Evangile même, mais non la mentonnière qui attachait la mâchoire et dont on pense avoir retrouvé la trace latérale sur le Linceul. Attesté par un pélerin dès 570, le suaire fut conservé à Jérusalem jusqu'en 614, il fut transféré à Alexandrie à l'arrivée des musulmans et parvint à Oviedo par l'Afrique puis Séville et Toléde (711). Il donne lieu à des ostensions depuis le XIIIè siècle.
Les traces de sang correspondent à celles du linceul. On a objecté: le sang du visage n'a pu être imprimé à la fois sur le Linceul et sur le Suaire d'Oviedo.
L'hypothèse qui accorderait tout, c'est que le Suaire d'Oviedo aurait été posé sur le visage du Christ pendant le transport au tombeau. Et c'est alors qu'il aurait été marqué de taches de sang analogues.
Le sang a été vérifié par des tests scientifiques. Il est du même groupe sanguin (AB) que le sang du Linceul. Et il y a des correspondances entre les taches du visage sur ces deux reliques.
L'étude minutieuse a identifié toutes les taches de sang, leur formation successive et la position de la tête à chaque moment (Rapport de Barta, du groupe EDICES, ou la table ronde d'Argenteuil le 14 novembre 1998)1.

Le Congrès des 5-7 mai 1999
Les études comparatives qui battent leur plein, par l'initiative privée de chrétiens et de scientifiques avertis, à l'approche de l'an 2000, vont donner lieu à un important congrès tenu à l'université du Latran, à Rome, les 6, 7, 8 mars 1999 sous le titre :
Rencontre internationale sur les reliques du Christ. De la passion ˆ la Résurrection. Deux mille ans de témoignages silencieux.
Vingt exposés suivis de discussions y seront tenus sur les trois reliques, dont 2 sur le saint visage d'Oviedo et 2 sur la Tunique d'Argenteuil, le 7 mai.
Fait nouveau, trois cardinaux de premier plan y prennent parole :
– Le Cardinal Ruini, vicaire du Pape pour le diocèse de Rome et Président de la conférence épiscopale italienne. 
– Le Cardinal Moreira Naves, ancien Président de la Conférence brésilienne préfet de la Congrégation des évêques et en bonne place parmi les papabili.
– Et le Cardinal-archev�que de Prague.
Par ailleurs, Madame Bénédicite de Dompsure prépare une thèse universitaire d'Etat à la faculté de Lyon III avec le professeur Demotz, médiéviste, sur les reliques du Christ conservées à Constantinople, des origines à 1500, selon tous les témoignages afférents, y compris le fameux codex Pray.

Une étape comparative
Les chercheurs des équipes mentionnées sont à divers degrés convaincus de l'authenticité des 3 reliques, mais il serait prématuré de conclure. Les convergences sont suggestives et stimulantes. Mais bien des vérifications ou tests complémentaires restent à faire et des objections à examiner. Un des groupes de recherche, le Gerralt (Groupe d'études et de recherches Rhône-Alpe sur le Linceul de Turin) pense avoir trouvé des documents qui excluraient l'identification du Linceul avec le fameux Mandylion d'Edesse aujourd'hui disparu: selon des voyageurs du XIIè siècle, le Mandylion d'Edesse sur lequel on voyait son visage et le linteum, c'est-à-dire le linceul: empreinte de son corps, étaient conservés à Constantinople en deux endroits différents: ils ne peuvent donc être identifiés. Ce serait donc un maillon exclu pour le curriculum du linceul, attesté à partir du Xè siècle, alors que le Mandylion aurait couvert les origines.

Scandale ou édification ?
Beaucoup se scandaliseront de ces recherches: ils les soupçonnent de superstition, fétichisme et matérialisme. 
Certes, l'essentiel est le spirituel. Mais les théologiens de la foi sans religion sont affligés d'une philosophie qui entame plus ou moins l'incarnation et la résurrection du Seigneur et la foi s'asphyxie, sauf chez ceux qui sont capables de vivre dans la nuit obscure selon Saint Jean de la Croix. Mais combien de chrétiens en sont à ce stade? Et faut-il épaissir cette nuit ? Dès les origines, les chrétiens avaient plus ou moins cette devise: Pevisibilia ad invisibibilla. Par les signes visibles à l'invisible Trinité. L'Incarnation du Fils de Dieu, Jésus-Christ, a laissé des traces de toutes sortes sur la terres: écrites, archéologiques et autres faits nouveaux dont j'ai fait le bilan dans La Vie authentique de Jésus-Christ. Pourquoi s'acharner à les nier ou à les effacer? Pourquoi culpabiliser les scientifiques moins complexés qui les étudient.
La participation active de ces cardinaux de premier plan au Congrès de Rome manifeste en tout cas que ces études ne sont plus marginales dans l'Eglise. C'est pourquoi j'ai changé mes plans pour suivre ce congrès des 6-8 mai prochains qui fixe l'attention des scientifiques chrétiens et non chrétiens.

Rétractation
Le Cardinal Ballestrino, Custode du Linceul de Turin, avait confirmé la date tardive assignée par le test de carbone 14, le 13 octobre 1988.
"La science a parlé", disait-il alors.
Par la suite le Cardinal a saisi des anomalies qui avaient présidé à la réalisation du test, il s'est rendu à cette nouvelle évidence, il a même reconnu s'être hâtivement prononcé en 1988 sous la pression de requêtes des plus insistantes "venant de groupes indéniablement suspects".
Le CIELT orne cette dernière et honnête confidence d'une "mitre de deuil" (XIXe siècle).

René Laurentin

Le Congrès international sur le suaire d'Oviedo (1994) a été suivi de nombreuses études, notamment celles du Dr Baimo-Bolloré (La sépulture du messie - 1997) et de Mark Guscin (The Oviedo Cloth - 1998).
 


Les soldats de Gédéon
Une famille au service des pélerins

Depuis une dizaine d'années à travers toute la planète, plusieurs millions de personnes se rendent sur les lieux d'apparitions reconnues ou présumées. C'est une extraordinaire manifestation humaine, remarquable, mais presque passée sous silence. Aucune étude n'a été entreprise, il est facile cependant de le constater, d'ailleurs quelques possibilités de comptage – pour le moins originales mais très fiables – sont utilisées, ainsi à Medjugorje très rapidement les franciscains ont tenu la comptabilité des hosties; l'estimation est de 10 millions de pélerins à s'être rendus dans le petit village.
Aux Etats-Unis plusieurs Centers of peace, dont nous avons parlé dans nos pages, accueillent chaque année, pour prière et chemin de croix, des millions de visiteurs. En Europe, les pélerinages (car, chemin de fer, avion) ont la faveur des chrétiens.
En France, une quinzaine d'associations proposent régulièrement ou épisodiquement des pélerinages. J'ai toujours été admiratif du dévouement et de la patience des organisateurs. De leur générosité aussi, je ne crois pas qu'une seule personne ne soit jamais restée sur le bord du chemin pour question d'argent.
En 1984, lorsque je publiais mes premiers reportages sur Medjugorje dans l'Homme nouveau, j'ai rencontré Pierre Sorin, qui se proposait d'organiser des pélerinages. J'étais perplexe, comment les autorités communistes allaient-elles réagir en voyant des cars arrivzer? Tout s'est presque bien passé. Nous sommes devenus amis; comment ne pas être son ami, il est chaleureux et toujours disponible, s'il parle beaucoup, il se confie peu, avec une pudeur toute normande il esquive les questions personelles. Mais je voulais savoir à tout prix ce qui pouvait  bien "faire courir" Pierre Sorin. J'ai lourdement insisté et il a parlé. Ca vaut son pesant de chapelets.

Une guérison en guise d'appel
Christian ravaz : Comment votre aventure familiale et si peu commune a-t-elle commencé?
Pierre Sorin: Il a fallu que je sois malade. Une toxoplasmose. Vingt kilos en trois mois. Je ne faisais plus que 45 kilos. J'ai dû arrêter mon travail en tant que directeur d'agence bancaire.
- Tout a commencé à San Damiano. Comment l'as-tu connu ?
- C'est à la télévision. Mais le premier qui m'a parlé de San Damiano est Paris-Match, le 21 novembre 1972. Le curé de mon village était favorable. Avec mon épouse on a décidé de s'y rendre:1 300 kilomètres en voiture
- Vous étiez croyants, pratiquants?
- Oui, nous allions à la messe. Mais on avait épousé les idées modernes, on avait cessé de prier. Il n'y avait plus que la messe le dimanche, mais on considérait qu'on avait la foi. A San Damiano, on a rencontré la prière, la prière incessante.
- Quelle prière ?
- Rosaire le matin, Rosaire le midi, Rosaire le soir. On est resté deux jours et demi. Il ne s'est rien passé de remarquable sur place. Mais on s'est tout à coup rendu compte que l'on disait le chapelet dans la voiture lors du retour. L'hiver a passé. Au printemps, à l'hôpital Pasteur à Paris, les médecins m'ont dit de ne pas rester, ils ne pouvaient plus rien pour moi, je ne supportais même plus un cachet d'aspirine. Ils m'ont conseillé d'aller me reposer sur la Côte d'Azur, le soleil me ferait du bien. J'ai pensé: pourquoi ne pas retourner à Sans Damiano? J'y suis resté tout le mois d'avril 1973, je ne pouvais plus revenir, l'Italie était paralysée par une grève des transports. Je retournais à San Damiano, en juin en car. Un ami m'a offert le voyage organisé par J.-C. Turien, de Nantes.
- Un précurseur des pélerinages sur les lieux d'apparitions contemporaines!
- Oui, c'est à son contact que j'ai décidé d'organiser des cars de pélerinage pour San Damiano. Le premier, le 8 septembre 1973.
- Tu n'as toujours pas guéri ?
- Non. Pour organiser mon premier car, je suis allé mettre des affichettes dans toutes les boulangeries de Mayenne. Dans notre premier car, nous avions 32 pélerins. A mon retour, un prêtre breton m'a proposé d'organiser un pélerinage à Rome. 
- C'était à quelle date?
- Octobre 1973. A Rome, entre autres, nous avons visité la paroisse de Padre Gabrielli, qui avait un charisme particulier; lors de la bénédiction personnelle, il faisait des révélations en lien avec la foi. A moi, il m'avait dit que j'allais guérir pendant un pélerinage. Je suis repassé plusieurs fois à sa paroisse, chaque fois il y avait foule.
- C'est à quelle époque que tu es retourné à San Damiano?
- Peu de temps après, en voiture avec 2 personnes. A mon retour, je me suis aperçu, au bout d'une dizaine de jours, que j'avais repris 10 kilos.
- Ce fut donc une guérison progressive et non une guérison momentanée.
- Je ne sais pas. Pendant le Rosaire à San Damiano, je me suis senti bien, non pas subitement mais progressivement, et j'ai pensé alors qu'il fallait que je revienne. Cette guérison progressive est bien dans l'esprit de San Damiano : tout est dans la discrétion. Je n'ai jamais vu une personne se lever d'un fauteuil roulant comme on le voit dans les réunions du Renouveau charismatique avec le Père ??????? par exemple. Les gens témoignent plus tard, quand ils ont changé de vie. Pour moi, c'est bien ainsi que ça s'est passé. Ma manière de penser a changé peu à peu, ma conversion avait débuté, j'avais acquis le goût de la prière. 
- Et ce fut le premier car de pélerins ?
- Oui, avec le recul du temps, je crois pouvoir affirmer que Dieu m'a appelé à le faire. Je ne me rendais pas tout à fait compte de ce que j'étais en train de faire.
- C'est effectivement beaucoup de travail et de responsabilités ?
- Ce que je voulais dire, c'est que sans être dans un état second, les choses se sont faites sans que j'en aie la totale volonté. Mais, entre-temps, j'avais repris mon travail ainsi que Padre me l'avait dit. Tout à ma joie de cette guérison, j'ai pensé organiser un nouveau car, pour remercier. Je l'organisais pour le 8 décembre, mais je ne connaissais pas beaucoup de personnes susceptibles d'être intéressées.
- Les affichettes dans les boulangeries?
- Je n'avais plus beaucoup de temps disponible. Ce sont les premiers pélerins qui ont coopté des relations. Un mouvement se mettait en route en dehors de ma volonté, sans que je m'en rende compte. Enchantés, les pélerins m'ont demandé d'organiser un nouveau car pour le 25 mars. Tous mes jours de congés, je les passais à accompagner des cars.
- Tu étais toujours banquier?
- J'ai dû m'occuper des pélerinages à temps complet en 1980.
- Il y avait de plus en plus de demandes?
- On était arrivé à 5 ou 6 cars par mois.
- Il y a combien de passagers dans un car?
- Cinquante.
- Depuis plus de vingt ans que tu organises des pélerinages, ce sont des milliers de gens que tu as accompagné
- Je n'ai jamais fait de calcul. Mais ce que je sais, c'est que je suis allé plus de 500 fois à San Damino.
On peut faire le calcul. C'est plus complexe. Depuis une dizaine d'années il y a 5 ou 6 cars à chaque pélerinage. Pour l'Année Sainte, 1984, chaque semaine nous avions 10 cars par mois pour Rome. Ë l'époque, l'association n'avait pas d'animateurs, toutes les deux heures je passais d'un car à l'autre pendant la route.
- Il faut jouir d'une bonne santé!
C'est peut-être pour ça que le ciel a bien voulu me guérir à San Damiano. Depuis ma guérison en 73, je n'ai eu aucuns problèmes de santé sérieux.
- Et Medjugorje ?
- J'ai organisé les 3 premiers cars en 1984 à la fin de l'Année Sainte. Je ne savais pas ou était Medjugorje, le village n'étant pas sur la carte, on est arrivés sans encombre. En juin suivant, j'organisais le premier avion.
- Depuis, les pélerinages n'ont pas cessé?
- La seule interruption, c'était au plus fort de la guerre, les routes ont été barrées pendant neuf mois.
- Les cars n'ont jamais été arrêtés par les différentes factions armées?
- Si, quelques fois. Mais la Vierge nous protégeait. Une fois on est restés bloqués deux jours et on nous a laissés repartir. Je me souviens d'un incident au tout début des pélerinages. Une jeune pélerine a distribué des médailles miraculeuses sur la place du village et elle en a donné une à un monsieur, c'était le commissaire de la propagande communiste, il est rentré dans une très grosse colère.
Au milieu des gens, il vient directement vers moi. Il était donc bien au courant de nos activités. Et il me dit: "Je peux vous envoyer en prison." On a discuté et ça n'a pas été plus loin. Mais dans l'après-midi, un de nos chauffeurs a trouvé 2 balles de pistolet dans les soutes de l'un des cars. Il est venu directement me les faire voir croyant qu'elles appartenaient à l'un des pélerins. Après l'incident de la médaille, j'ai tout de suite pensé que c'était plutôt le policier qui les avait mises. On a immédiatement vidé les soutes pour voir, si on ne nous avait pas mis d'autres objets compromettants. Le soir, j'ai dû aller au poste de police à Citlluck. Ils m'ont gardé quatre heures. Les policiers faisaient des efforts pour me parler en français, mais je n'ai pas compris un traître mot. A minuit, exaspérés, ils m'ont mis à la porte. J'ai fait à pied les 5 kilomètres pour rentrer à Medjugorje.
- Tu as revu le commissaire?
- Oh oui ! Plusieurs fois dans les mois qui ont suivi, il venait me serrer la main. Mais, au bureau de la police, j'ai vu tous les miliciens. Et pendant plusieurs mois, à chaque fois que nos cars étaient arrêtés, dès que les miliciens me reconnaissaient ils nous laissaient repartir sans contrôle.
- Ils étaient devenus des amis?
- Oh non! Mais rapidement les autorités nous ont imposé des guides, c'étaient des cadres des jeunesses communistes de Sarajevo. L'une d'elles est devenue une amie. En 1987, tout a changé. Le communisme s'est écroulé.
- Le mur de Berlin?
- Oui, tout a changé presque du jour au lendemain. Je me souviens effectivement que d'un mois sur l'autre on ne rencontrait plus de miliciens dans les rues de Medjugorje. J'aime témoigner qu'entre le début de la fin du communisme et la guerre, on voyait les effets de la liberté sur le visage des Yougoslaves.
Avant 1987, un taxi qui amenait un pélerin à Medjugorje risquait deux mois de prison. Après 1987, s'il refusait d'amener un pélerin à Medjugorje, il risquait aussi deux mois de prison.
- C'est l'humour croate!
- Oui. On est toujours étonné de leur manque de précision. "Tout va bien comme ça" disent-ils. Le Père Laurentin avait toujours beaucoup de mal à obtenir les précisions qui lui étaient nécessaires.
- La guerre en ex-Yougoslavie a-t-elle arrêté les pélerinages?
- Eh bien non! Il y a presque toujours une présence française à Medjugorje.
- Et San Damiano continuait aussi?
- Oui, plus que jamais. Nous avons aussi une petite spécialité, "les tours d'Italie" où nous pélerinons de sanctuaire en sanctuaire: Montichiari, Schio, Padoue, Venise, Assise, Lorette, Turin, San Giovani Rotondo, Rome. Beaucoup de pélerins font ainsi des pélerinages-vacances. C'est pas le genre club Med mais les pélerins aiment beaucoup.
- Et la péninsule Ibérique ?
- On va régulièrement à Fatima, à Garabandal, mais on s'arrête à Lourdes.
- Ces pélerinages sont-ils moteurs de conversions?
- Surtout à San Damiano, les jeunes essentiellement. Les premiers qui viennent entra"nent leurs amis pour les pélerinages suivants. Ils veulent faire partager à leurs proches les joies et les grâces qu'ils ont accueillies sur place. J'ai vu une multitude de changements en vingt-quatre heures. Des jeunes loin de la foi commencent à prier. Neuf pélerins sur dix découvrent la prière. Sur place, la seule chose qu'ils peuvent acheter c'est un chapelet à un franc. Dès qu'ils l'ont en poche leur vie change. La vocation de San Damiano c'est le changement de vie, le désir des sacrements, de la messe régulière en semaine, la pureté.
- Tu as des exemples?
- Le meilleur: on connaît un peu plus de 40 prêtres qui ont accueilli leur vocation à San Damiano. Une nouveauté de ces toutes dernières années : beaucoup de jeunes y ont découvert le désir du mariage à la place du concubinage.
- Tu peux donner des exemples précis ?
- Oh oui! Certains qui décident de se marier décident de vivre un temps de pureté, ils cohabitent en frère et soeur se préparant ainsi au sacrement du mariage.
- C'est admirable car personne ne leur en parle.
- La grâce de San Damiano c'est "la présence". Mamma Rosa n'avait pas d'extase comme à Medjugorje.
- Tu as rencontré Mamma Rosa?
- Oui, plusieurs fois.
- Elle t'a donné des conseils?
- Oui, mais rien dans le domaine pratique de la vie. Elle donnait des enseignements de foi très simples, très vivants. Surtout la prière. 

Une organisation bien organisée
Au bout d'une heure, malgré mes questions insistantes, j'ai dû admettre qu'il pensait en avoir trop dit!
Je lui ai demandé alors de me faire visiter son organisation. Une véritable entreprise où presque toutes les tâches sont intégrées. L'association étant elle-même quasiment intégrée à la maison familiale !
Un instant je parle avec Anne, son épouse, à laquelle je demande s'il n'y a pas quelques désagréments à vivre ainsi:
"Oh non. On est toujours disponibles. Il y a quelques années je répondais au téléphone entre la cuisinière et la machine à laver.
– Quel était votre état d'esprit au début?
– Ne m'en parle pas. J'étais inquiète. Quand Pierre a arrêté son travail à la banque pour se consacrer aux pélerinages, les enfants étaient petits et nous venions de construire la maison, Nous y sommes arrivés. 
– Et s'il fallait recommencer ?
- Tout de suite. C'est une grâce de travailler ainsi.

On reparle des enfants. Ils ont grandi depuis. Et ils ont amenés entre autres les techniques nouvelles dont l'informatique, qui est le domaine de Guillaume et de Jacques quand son emploi de cadre de direction d'une entreprise parisienne lui laisse du temps.
Au fil de la conversation, je me rends compte qu'à un moment ou à un autre tous les enfants Sorin ont été embauchés au service de l'association. Pendant ma visite, le travail continue, on vient souvent voir Pierre et je découvre l'un des secrets du bon fonctionnement de l'association: Pierre est le "Père", affable mais ferme. Il est évident qu'il a le sens inné de l'organisation.
Les ordinateurs sont nécessaires pour l'organisation des voyages, la gestion de l'administratif, mais aussi pour la composition du journal de l'association. Ce dernier est imprimé par eux ainsi que de nombreux documents nécessaires à l'information des sympathisants.
Je finirai par le début: pourquoi avoir rappelé l'aventure de Gédéon comme par le livre Juges de l'AT. Le peuple de Dieu était dans l'infidélité, il adorait des ildoles. Le Seigneur s'est adressé au "plus petit" de la tribu de Yoach pour aller combattre l'immense armée des médianites.
Notre temps n'a-t-il pas besoin de Gédéon qui contre l'évidence, en nageant à contre-courant, font ce qu'il pensent être dans la volonté de Dieu ? Que Dieu nous recrute beaucoup de Gédéon.
Christian Ravaz

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