CHRETIENS
MAGAZINE
n° 124
15 oct. 1999
SOMMAIRE
BULLETIN
D'ABONNEMENT


Marcel-Marie Van
"Ce petit viet, j'aimerais bien le connaître"

Séparé d'une famille aimée dès sa petite enfance, il a connu la misère, la faim, le mépris, l'exploitation, les coups. Accueilli par les Rédemptoristes à quatorze ans, il connaît alors la solitude intérieure, la souffrance d'un christianisme légaliste et égoïste. Mais au milieu des pires dangers, son âme est mystérieusement protégée. Marcel Van entretiendra des " dialogues intimes " avec Jésus, Marie et Thérèse de Lisieux. L'enfant de nulle part était un enfant prophète que Dieu nous avait gardé au plus secret de sa tendresse pour propulser notre civilisation agonisante dans la " voie de l'enfance ". 
Marcel Van est mort le 10 juillet 1959 dans le camp vietcong de Yen Binh. Il était monté de Saigon à Hanoi, conscient des dangers en disant : " J'y vais pour qu'il y ait quelqu'un qui aime le Bon Dieu parmi les communistes. " Sa cause en béatification a été introduite le 26 mars 1997, dans le diocèse de Belley-Ars comme confesseur de la foi. 
Nous avons connu Van par l'œuvre du Père Marie-Michel* qui nous invite à presser le pas sur la voie de l'enfance évangélique dans Van, l'enfant aux mains vides. Marie-Michel est fondateur avec Daniel-Ange de l'école Jeunesse-Lumière qui œuvre avec bonheur à la réévangélisation où Van a une grosse part de responsabilité. Les jeunes ne s'y trompent pas, la voie de l'enfance mène à Dieu. Églantine, actuellement à Jeunesse-Lumière, a rencontré Van grâce à la petite Thérèse pendant les JMJ ; avec sa sœur Marie-Lys et son frère Olivier,  ils sont allés sur les pas de Van au Vietnam.

Ma rencontre avec Van remonte à l'année 1996. La première fois que j'ai vu son visage, c'était tout simplement sur la couverture d'un livre dans une librairie. Étant d'origine vietnamienne, je me suis dit : " Ce petit "Viet", j'aimerais bien le connaître. " Quelques jours plus tard, une amie, que j'ai connue en préparant un jeu sur la vie des saints pour les Journées mondiales de la Jeunesse d'août 1997, me passe justement un livre sur Van : L'Amour ne peut mourir. Je suis sûre que la petite Thérèse a mis son grain de sel dans cette rencontre, car le saint qui m'était confié dans la préparation de ce jeu était justement Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Curieuse coïncidence !
Quelle fut ma joie de découvrir ce petit Vietnamien, né dans la région de Hanoi, comme mon père. Je me sens d'autant plus proche de lui qu'il est du même sang que le mien, et en lisant l'histoire de sa vie, non seulement le désir de découvrir le Vietnam et d'y partir s'est fait de plus en plus intense, mais aussi une joie bien plus grande a envahi mon cœur. Cette petite voix de Sainte Thérèse que je venais tout juste de découvrir quelques mois plus tôt, voilà que Van en était lui-même le témoin vivant. C'est comme s'il me chuchotait dans le creux de l'oreille : " Ce que ma sœur Thérèse m'a enseigné, c'est pour toi aussi, petite sœur. Viens et vois. " Si Sainte Thérèse était devenue ma grande sœur spirituelle, Van devint aussitôt mon grand frère spirituel. Et tous les deux m'aident chaque jour à devenir toujours plus enfant et à avoir cette confiance sans limites envers notre Père du Ciel.
Après la lecture de L'Amour ne peut mourir, je me plongeai dans ses écrits spirituels que je savourai durant l'été 1997, juste avant les JMJ. C'est au même moment que je fis la connaissance du bienheureux Théophane Vénard, ce missionnaire français mort martyr à Hanoi en 1861. En me faisant découvrir la vie de ces saints, le Seigneur me montrait que toutes les merveilles qu'il avait réalisées en eux, il voulait les faire dans ma vie aussi. La sainteté, n'est-ce pas là l'unique vocation à laquelle Dieu nous appelle ? " Soyez saints car moi, Dieu, je suis saint. "


Pendant les célbrations du bicentenaire 
des apparitions à Lavang

Sainte Thérèse, Théophane, le petit Van et bien d'autres saints encore, j'ai la joie de pouvoir les rencontrer et faire leur connaissance dans les livres, mais bien plus concrètement dans la communion des saints. Je vous en livre l'expérience à travers le petit Van, qui nous fut d'une si grande aide lors de notre voyage au Vietnam prévu pour l'été 1998, avec ma sœur et mon frère. Partant pour le pays de Van, nous pensions monter un projet pour le faire connaître, sans trop savoir dans quelle drôle d'aventure nous nous embarquions. Nous décidâmes de contacter " Les Amis de Van " et Anne de Blay, la présidente de l'association. Grande joie de découvrir l'actualité de Van… Il nous fut un efficace protecteur et un admirable guide tout au long de notre voyage, depuis Hanoi jusqu'à Saigon : à commencer par la visite du monastère de Hanoi où lui-même a vécu pendant deux ans. Marcher sur les traces de mon grand frère, prier là où il avait prié, regarder les mêmes paysages que lui, tout cela n'a fait que rapprocher nos cœurs et Van me transmettait par la même occasion l'amour de son pays.
Nous rencontrâmes tout au long de notre voyage plusieurs témoins, évêques, prêtres ou frères rédemptoristes qui avaient connu Van de son vivant. Nous profitâmes de ces rencontres imprévues pour leur demander quels souvenirs ils gardaient de leur frère. Tous étaient en accord pour dire qu'il était discret, humble et toujours souriant. à ceux qui ne le connaissaient pas encore, nous distribuions des images de Van ou des livres sur sa vie, écrits en langue vietnamienne, que nous avions pris soin de rapporter de France. Avec quelle joie ils accueillaient leur grand frère ! Ainsi, Van a-t-il pu profiter de notre voyage au Vietnam pour rejoindre son peuple pauvrement et simplement, aussi bien les citadins que les habitants de petits villages perdus au fin fond de la campagne.
Un des faits qui nous marquèrent beaucoup au Vietnam fut la ferveur de ce peuple, encore très traditionnel dans ses prières mais d'une foi exemplaire. Il faut voir les Vietnamiens se lever dès 5 heures du matin, la première messe étant à 5 heures 30 ; il y a six messes le dimanche et les églises sont toujours remplies. Leur dévotion à la Vierge Marie est très marquante et spécialement à Notre-Dame du Perpétuel Secours qu'ils vénèrent beaucoup. Les chants des petits enfants à la messe me rappelèrent ceux que Van chantait. Les seules prières que nous ayons retenues sont le " Je vous salue Marie " (Kinh mung Maria) et le " Notre Père " (Kinh lay Cha), qu'ils répètent à voix haute avant chaque Eucharistie. À force de les avoir entendues, je pense qu'elles resteront gravées dans nos mémoires et nos cœurs pour toujours. Notre voyage au Vietnam fut d'une grande richesse pour nous sur les plans culturel, social et spirituel. Notre amour pour notre pays d'origine n'a fait que s'accroître. Oui, nous l'aimons, le pays de Van, et il doit être fier de sa patrie qui a su garder sa foi ancestrale, sa simplicité, sa joie de vivre, son sens du service.
Dès notre retour en France, nous décidâmes de faire partager tout ce que nous avions vu, senti, goûté au Vietnam, sans manquer par la même occasion de faire connaître le petit Van. C'est ainsi que nous avons organisé très simplement une soirée de témoignages sur le Vietnam, avec la participation d'Anne de Blay, la présidente de l'association " Les Amis de Van ", et du Père Marie-Michel, prêtre carme qui a écrit les trois livres sur Van. Je venais de faire sa connaissance le mois précédant notre voyage au Vietnam, en partant à l'improviste dans la communauté du Carmel de la Vierge missionnaire, dont je ne connaissais même pas l'existence avant notre contact avec " Les Amis de Van ". Les quelques jours passés là-bas, au moment de la retraite communautaire avec les familles, furent l'occasion de découvrir cette communauté toute naissante et dont Notre-Seigneur avait parlé à Van. En arrivant là-bas, je ne me sentis dépaysée en rien, bien au contraire : la présence de Notre-Seigneur, de notre Maman du Ciel, de Saint Joseph, de la petite Thérèse et du petit Van m'était familière, et la charité fraternelle des frères et sœurs du Carmel et celle des familles réconfortèrent mon cœur et furent pour moi le signe de la bonté et de la tendresse que le Père a pour tous ses enfants.
La petite Thérèse et le petit Van ne me quittent jamais depuis que le Seigneur me les a présentés. Je les invoque souvent pour demander leur aide dans les choses de la vie quotidienne. Mais surtout, leur découverte, comme celle des autres saints, n'a fait que raviver en moi ce désir fou de devenir une sainte. Pour certains, peut-être cela paraîtra-t-il un peu prétentieux, mais la sainteté, n'est-ce pas là notre unique vocation ?
Comme le dit une publicité, " c'est gratis et ça peut rapporter gros ". Quel est ce gros lot ? C'est la Vie éternelle, cette Vie vers laquelle nous sommes en marche dès les premiers instants de notre vie. Nous portons déjà ce germe de sainteté depuis le jour de notre baptême, où Dieu est déjà venu déposer en chacun de nous cette étincelle d'amour qui ne demande qu'à grandir de jour en jour.
Si je peux dire cela aujourd'hui, c'est parce que Van et Thérèse me l'ont fait comprendre par leurs douces paroles venues du Ciel. Pour moi, Thérèse et Van annoncent une nouvelle ère de sainteté au troisième millénaire. Ce sont ces pauvres de l'amour, des gens comme vous et moi, qui n'ont pas fait d'œuvres éclatantes, si ce n'est de mettre un peu d'amour dans les moindres petites choses de la vie quotidienne : que je travaille, prie, dorme, mange, parle, ou que je fasse la fête avec des amis, que tout soit fait en union avec Dieu, par amour pour lui et pour mon prochain. Alors, tout peut prendre une valeur d'éternité car l'Amour ne passera jamais. Ce commandement premier de l'amour, on ne finira jamais de l'entendre, mais essayons de le méditer avec le cœur et de le mettre en pratique. Pourtant, comme il est grand, cet écart entre tous les bons désirs que nous portons dans notre cœur et la réalité où nous nous rendons compte que nous péchons encore si souvent par manque d'amour. Mais peu importe, Thérèse et Van ne nous disent-ils pas que Dieu est infiniment plus grand que notre cœur, qui trop souvent nous accuse, et que son Amour et sa Miséricorde sont infinis et infinis ?
Écoutons Thérèse dire à Van : " Ce qui blesse le plus le Cœur de Dieu, ce ne sont pas nos péchés mais notre manque de confiance en Lui. " Ou encore, ces paroles de Jésus à Van : " Dans le Ciel, je te donnerai pour mission d'aider ta grande sœur à inspirer au monde la confiance en mon Amour. " Voilà l'œuvre admirable que Dieu a confiée à la petite Thérèse et au petit Van. Et s'ils rejoignent aujourd'hui tant de cœurs, c'est qu'à travers leur vie et leurs paroles nous comprenons que nous n'avons plus à craindre de vivre sous le regard de Dieu et de nous laisser aimer par Lui tels que nous sommes. Que même si nous nous sommes éloignés de Lui et que nous n'avons plus cru en Lui, Lui nous a toujours aimés infiniment et Il attend avec patience le jour où nous Lui dirons enfin notre " oui " qui Lui permettra de nous laisser aimer.
La sainteté, c'est en fait tout simplement dire ces " oui " d'amour au Bon Dieu pour que nous nous laissions aimer par Lui, afin que nous puissions aimer nos frères de ce même amour. Grâce à Thérèse et à Van, j'ai compris que la sainteté n'était pas réservée à une certaine élite spirituelle, mais qu'elle était accessible à tous. Que chacun de nous était appelé à cette vocation à laquelle nous devons répondre quotidiennement, pour la Gloire de Dieu, pour faire grandir son Corps qui est l'Église. Comme le petit Van, je veux faire partie de cette brigade d'amour dont parle sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : " Je te supplie d'abaisser ton regard divin sur un grand nombre de petites âmes. Je te supplie de te choisir en ce monde une légion de petites victimes dignes de ton Amour. " Cette brigade d'amour, c'est vous et moi. Ce sont les saints des derniers temps dont parle Saint Louis-Marie Grignion de Montfort : " L'on doit croire encore que sur la fin des temps, et peut-être plus tôt qu'on ne le pense, Dieu suscitera de grands hommes remplis du Saint-Esprit et de celui de Marie, par lesquels cette divine souveraine fera de grandes merveilles dans le monde pour détruire le péché et rétablir le règne de Jésus-Christ, son Fils, sur celui du monde corrompu. " Ces grands hommes, ce sont ces pauvres de l'amour, ce sont ces apôtres de Marie qui écrasent la tête du serpent et pour qui Van a tant prié.
Avec Van et Thérèse, je veux crier haut et fort et annoncer à toute créature que la sainteté est possible, qu'il faut oser croire en l'Amour infini de Dieu, laisser cet Amour nous envahir peu à peu pour n'être plus qu'amour. Voilà ce dont le monde a le plus besoin aujourd'hui. " L'amour ne peut mourir ", dit Van, l'Amour de Dieu sauvera le monde. Avec Van et Thérèse, j'ai appris que cette relation d'amour avec le Bon Dieu ne pouvait se faire qu'en vivant un cœur à cœur permanent avec lui, en prenant le temps d'être à son écoute dans la prière, et en me mettant au service de mes frères. Ainsi, en choisissant Dieu, qui est source de toute vie, j'ai tout choisi. Et cette petite fleur de Jésus que je suis ne cesse de s'épanouir depuis cet heureux choix. Cette vive flamme d'amour qui brûle en moi a envie d'embraser toute la terre. Faire connaître et aimer le Bon Dieu est une urgence pour notre monde actuel qui vit sans Dieu. Écoutons Jésus nous dire : " Je suis venu allumer un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé. " Oui, laissons l'Esprit-Saint s'épanouir en nous pour être à notre tour ces petites étincelles d'amour, témoins de l'incommensurable Amour de Dieu pour tous les hommes, pour être le " sel de la terre " et la " lumière du monde ". Alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux.
Van, apôtre des petites âmes, Van, mère des âmes, Van, fleur cachée entre les mains de Dieu, merci de nous précéder avec tous les saints du Ciel dans cette marche vers la Jérusalem céleste. Van, enfant de l'aurore, merci de venir éclairer notre monde en ce seuil du troisième millénaire et d'être cette étoile brillante dans le ciel qui nous guide vers l'Enfant Jésus. Merci d'avoir été un battant de l'amour et d'avoir annoncé la victoire de l'amour sur toutes choses. Au cœur de la souffrance, tu ne t'es pas découragé, mais tu as espéré au-delà de toute espérance, et le Seigneur est venu te combler au-delà de ce que tu aurais pu imaginer. Oui, merci, petit Van, d'avoir continué à dire " oui " à Jésus, même en plein cœur de la souffrance. Merci de venir nous aider à porter nos propres croix et celles de toute l'humanité en union avec Jésus Rédempteur. Tu nous apprends qu'au cœur de la souffrance, l'amour triomphe toujours ; au lieu de nous plaindre ou de nous lamenter sur les souffrances, nous pouvons les accepter avec amour et les offrir à Jésus par les mains de Marie, pour qu'il puisse les transformer en fleurs de joie et les donner aux âmes qui en ont besoin.
À vous qui me lisez, je voudrais vous chuchoter dans le creux de l'oreille avec le petit Van et tous les saints qui nous attendent au Ciel : " Laisse-toi aimer par Dieu le Père, pour aimer à ton tour. Crois en l'Amour infini de Dieu pour toi et le Seigneur réalisera des merveilles en toi. Alors, nous serons tous de ravissantes fleurs d'amour, réjouissant le regard de Dieu et exhalant un parfum de délice.
Eglantine, étudiante

*Père Marie-Michel, carme, est fondateur du Carmel de la Vierge missionnaire - Val-Saint-Joseph - Le Pradier Teyssières - 26 220 Dieulefit. Ses livres:
– L'Amour ne peut mourir, vie de Marcel Van - Ed Le Sarment-Fayard - 65 F
– L'Amour me connaît - Ecrits spirituels de Van - Ed Le Sarment-Fayard - 75 F
– L'enfant de l'aurore - Correspondance de Marcel Van -Ed Le Sarment-Fayard - 69 F. Vient de paraître.
– Van, l'enfant aux mains vides - Ed Le Sarment- Fayard - 438 pages - 135 F
Ces livres peuvent être commandés par correspondance page 30. Tous les renseignements sur la cause en béatification de Van à : Les Amis de Van - 35, rue Alain-Chartier - 75015 Paris.

 


Révélations privées
entre compétences et foi

" Selon la science, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils [les fidèles et a fortiori les théologiens] ont le droit et parfois même le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l'Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l'intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l'utilité commune et de la dignité des personnes " (Can.212, § 3).
Le problème abordé dans le texte suivant est délicat, mais il est destiné à clarifier une situation ambiguë, surtout chez les membres du clergé, concernant la manière de juger les révélations privées et les autres phénomènes surnaturels extraordinaires. La raison profonde de cette ambiguïté réside dans l'ignorance presque généralisée de la théologie ascétique et mystique chez les membres du clergé, à tous les paliers.
C'est un fait indéniable aussi que nombreux sont les membres du clergé qui éprouvent une crainte quasi " pathologique " face au surnaturel extraordinaire : ce qui est tout à fait injustifié et contraire à la doctrine authentique de l'Église, doctrine manifestée dans le Nouveau Testament et dans les auteurs spirituels. Il est donc très important de ne pas considérer les œuvres de Dieu comme étant des œuvres diaboliques.

Révélations publiques et privées
Considérée d'une façon générale, la révélation divine est la manifestation surnaturelle par Dieu d'une vérité cachée. Quand cette manifestation se fait pour le bien de toute l'Église, c'est la révélation publique. Quand cette manifestation est faite pour l'utilité des personnes qui en sont favorisées ou pour un nombre plus ou moins restreint de fidèles, on l'appelle révélation privée.
Les révélations publiques sont universelles ; elles sont contenues dans l'Écriture Sainte et dans la Tradition apostolique et elles sont transmises par le Magistère de l'Église. Elles ont pris fin avec la prédication des Apôtres et elles sont imposées à la foi de tous les hommes qui parviennent à les connaître. Depuis ce temps, il n'y eut jamais, il n'y aura plus de révélations publiques intéressant et obligeant le monde entier.
Quant aux révélations privées, elles sont destinées à nous réveiller de notre somnolence spirituelle. Ces révélations sont comme les miracles : Dieu ne les accomplit pas sans un motif sérieux. Elles sont l'œuvre non seulement de sa puissance mais aussi de sa sagesse.
Si l'Église a dû déterminer, contre l'illuminisme protestant qui se croyait inspiré, les sources de la Révélation, constituées par l'Écriture Sainte et la Tradition apostolique, elle n'a jamais enseigné que Dieu ne pouvait plus parler. Sans doute, la Révélation apostolique et publique est close, mais non pas toute révélation privée. Jésus lui-même a annoncé ce nouveau mode de révélation, appelée " privée ", mode destiné à rappeler et à expliciter la Révélation apostolique. En effet, Jésus a fait à ses disciples cette promesse : " j'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant " (Jn 16, 12).
Révélations privées et publications autorisées
Au sujet des publications concernant de nouvelles apparitions, révélations, prophéties ou miracles, le Pape Paul VI, en 1966, a aboli les restrictions qui les concernent dans les canons 1399 et 2318 de l'ancien Code de droit canonique. En conséquence, de tels écrits peuvent être lus et distribués par les fidèles sans la permission spécifique de l'Église, en autant qu'ils ne contiennent rien qui soit contraire à la foi et à la morale. Ce qui veut dire qu'un " imprimatur " n'est plus nécessaire.
En conséquence, si un évêque interdisait la publication de révélations privées qui ne contiennent rien de contraire à la foi et à la morale, une telle défense serait abusive et absolument invalide !
Révélations privées et compétence de l'évêque
La question du discernement des révélations privées fut abordée, d'une façon solennelle, au cours de la XIe session du Ve concile de Latran. Une Constitution, adoptée le 19 décembre 1516, a traité longuement des " prophéties ", " révélations " et " inspirations " diverses. Il s'agissait de déterminer ce qui peut être publié et prêché au peuple à leur sujet. Il a été décrété qu'en règle ordinaire ces phénomènes sont réservés à l'examen du Siège apostolique.
Cependant, le concile de Trente, en 1563, au cours de sa XXVe session, déchargea le Saint-Siège de cette responsabilité au profit de l'Ordinaire du lieu, qui doit s'adjoindre " un conseil de théologiens et d'autres hommes pieux ". Il ne s'agit donc pas, pour l'évêque d'une décision arbitraire, dont les motifs resteraient secrets!
Compétence juridique et compétence théologique
Il faut distinguer ici la compétence " juridique ", accordée à l'Ordinaire du lieu, et la compétence " théologique ", requise sinon de l'évêque, du moins des théologiens et des experts nommés pour établir le discernement sur les cas particuliers.
Le mot " compétence " a deux sens différents. La compétence " juridique " consiste, pour l'évêque, dans le droit, la juridiction d'examiner et de porter un jugement sur des faits surnaturels extraordinaires. Dautre part, la compétence " théologique " réside dans les connaissances théologiques requises pour bien accomplir les discernements. Cependant se pose ici un problème très important !
En effet, la théologie dont il est question n'est pas la théologie spéculative et abstraite, telle qu'on l'enseigne habituellement dans les séminaires et les facultés de théologie. Au contraire, il agit de la théologie ascétique et mystique. Ce secteur de la théologie s'applique à la conduite des âmes dans leur cheminement spirituel ; de plus, il étudie les phénomènes surnaturels extraordinaires, comme les visions, les révélations, les prophéties, etc. Il faut noter aussi que son langage est différent du langage de la théologie spéculative, ce qui se vérifie au plan des principes de ce secteur de la théologie et au plan des révélations.
Au plan des principes, certains termes n'ont pas la même signification. Comme exemple typique, on peut recourir à ce principe énoncé par Saint Thomas d'Aquin : " La grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne " (Ia, q.1, a.8, ad 2um). Saint Thomas considère la " nature " au sens philosophique et abstrait, qui correspond à la définition de l'homme (animal raisonnable), à sa nature, principe radical de ses opérations, telle qu'elle vient de Dieu, abstraction faite du péché originel et de ses suites.
Mais les auteurs spirituels considèrent la " nature " au sens ascétique et concret, telle qu'elle est depuis le péché du premier homme et des suites de ce péché. Ces auteurs veulent rappeler que, même chez le baptisé, les blessures causées par le péché originel ne sont pas complètement guéries, mais seulement en voie de cicatrisation.
Le langage proprement mystique
Mais pour les révélations reçues par les mystiques, le langage revêt un caractère particulier, dû au fait que les secrets de la vie intime avec Dieu sont ineffables, ou que le langage humain n'est pas proportionné à la sublimité des choses divines. Pour remédier à ce manque de proportions, les mystiques ont recours à trois catégories de termes, qui sont proprement mystiques.
1. Des termes antithétiques, qui expriment des choses élevées par l'effet en quelque sorte contraire qu'elles produisent sur nous. Ainsi, le terme " nuit obscure " ou " grande ténèbre " exprime la lumière divine qui éblouit l'intelligence et donne l'impression d'une obscurité supérieure et translumineuse, à l'antipode de l'obscurité inférieure qui vient de la matière, de l'erreur et du mal.
2. Des termes symboliques, qui sont des métaphores, comme l'époux de l'âme pour signifier Dieu, le sommeil des puissances, le fond de l'âme, la blessure d'amour, etc.
3. Des termes hyperboliques, pour exprimer l'élévation infinie de Dieu, comme " la superessence et la super- bonté divines " ou, a contrario, pour manifester l'infériorité des créatures par rapport à Dieu, comme le " néant des créatures ". L'hyperbole mystique dépasse, non pas la vérité, mais l'opinion des hommes, en ce sens que Dieu est infiniment plus grand qu'on ne peut le croire. Dans les écrits profanes, l'hyperbole est une figure de rhétorique, qui augmente considérablement la mesure des choses pour produire une plus vive impression sur l'esprit du lecteur. Il n'y a donc pas, dans l'hyperbole mystique, une erreur ni une exagération formelle.
Dans le langage mystique, on retrouve non seulement des termes qui ont un sens métaphorique, mais aussi des termes qui ont un sens propre.
1. Certains de ces termes sont négatifs ; ainsi ces termes négatifs qu'on attribue à Dieu, comme " immatériel ", " immobile ", l'expriment plus justement que les termes positifs, car nous connaissons Dieu plutôt parce qu'il n'est pas que parce qu'il est.
2. D'autres termes, au sens propre, sont positifs ; ainsi, les noms les moins déterminés et les plus absolus expriment Dieu mieux que les autres. C'est ainsi que ce nom : " Celui qui est " exprime mieux le nom de Dieu que les autres noms, car son indétermination exprime l'infinité de la substance spirituelle de Dieu.
Les différences entre le langage mystique et le langage philosophique ne sont donc pas accidentelles, car elles relèvent des exigences mêmes de leurs objets spécificateurs, des lexiques conceptuels en question, si bien que Jacques Maritain pouvait écrire à ce sujet : " L'intelligence passe d'un vocabulaire conceptuel à l'hyperbole, comme elle passe du latin au chinois ou à l'arabe " (Degrés du savoir, 1932, p. 649).
Il faut reconnaître que le langage des mystiques est beaucoup plus vivant et plus entraînant. Il porte plus efficacement les âmes à l'abnégation généreuse et à l'union à Dieu. La raison en est que ce langage exprime non pas des concepts abstraits, mais des concepts vécus et un ardent amour de Dieu. C'est ce qui explique l'intérêt que porte aux révélations des mystiques un grand nombre d'âmes ferventes : ce qui ne peut être que louable !
En conséquence, pour juger les phénomènes surnaturels, il faut tenir compte de cette différence de langage ; autrement, on s'expose à faire des condamnations absolument injustes et erronées, comme il arrive presque toujours dans les commissions d'enquête établies par les évêques ! De nombreux malentendus seraient évités si l'on savait distinguer nettement ces deux terminologies ! Un esprit hypercritique peut faire découvrir, dans les écrits des mystiques, des erreurs et même des hérésies qui n'existent pas. Avec un tel esprit, on peut déceler des erreurs même dans de nombreux passages de l'Écriture Sainte !
Limites dans l'usage du langage mystique
L'un des caractères de l'authenticité des révélations et de l'orthodoxie des écrits mystiques, c'est la conformité à la doctrine bien établie dans l'Église.
Le langage mystique est admis, mais il ne doit jamais contredire directement les dogmes et les enseignements de l'Église ; il faut qu'il paraisse clairement, qu'il s'exprime par des images, des métaphores, des hyperboles, des antithèses ! L'usage du langage mystique a donc des limites qu'il ne faut pas dépasser !
Recours à la théologie ascétique et mystique
Après les réflexions précédentes sur le langage de la théologie ascétique et mystique et sur le langage proprement mystique, il est facile de comprendre que se pose un problème très grave concernant la " compétence " théologique requise à l'évêque et à ses experts pour juger correctement les faits surnaturels extraordinaires. En effet, pour porter un juste jugement concernant les faits surnaturels extraordinaires, il est absolument nécessaire pour l'évêque et ses experts de bien connaître la théologie ascétique et mystique. Or, il est un fait absolument indéniable que la grande majorité des membres du clergé, à tous les paliers – parfois même à Rome – ont une connaissance très peu élaborée de ce secteur de la théologie !
En conséquence, il est un autre fait absolument indéniable, c'est que, lorsqu'il s'agit pour un évêque de faire une enquête sur des phénomènes surnaturels extraordinaires, il fait appel surtout à des canonistes et à des professeurs de théologie spéculative qui, de par leur spécialité même, ne connaissent rien de la théologie ascétique et mystique : ce qui explique que leur jugement est presque toujours négatif et très souvent aussi erroné et injuste !
La compétence juridique ne rend pas les évêques infaillibles
À cause de leur compétence " juridique ", certains évêques (avec leurs experts) semblent s'arroger une espèce d'infaillibilité dans leur discernement, concernant les faits surnaturels extraordinaires qu'ils doivent juger. Néanmoins, comme on peut le constater par des faits anciens ou récents, le discernement des autorités religieuses a été très souvent erroné et injuste !
Le discernement des phénomènes surnaturels extraordinaires n'est pas toujours facile, même pour des spécialistes en théologie ascétique et mystique. Dans les cas très fréquents d'erreurs en ce domaine, on peut concéder certaines excuses aux canonistes, aux professionnels de la théologie spéculative, aux autorités religieuses, – même romaines parfois, faut-il ajouter ! – car une connaissance suffisante de la théologie ascétique et mystique leur fait presque toujours défaut ! C'est pourquoi il leur faudrait agir avec beaucoup plus de prudence quand il s'agit de faire des discernements spirituels !
Exemples de jugements abusifs
À ce sujet, on peut se reporter aux événements survenus à Medjugorje depuis 1981. Depuis ce temps, deux évêques se sont succédé à l'évêché de Mostar, diocèse dans lequel se situe la paroisse de Medjugorje : Messeigneurs Zanic et Peric.
Monseigneur Zanic a prétendu qu'il s'agit d'" une cause de honte pour l'Église et pour la foi catholique et d'une source de grave illusion pour les âmes pieuses ". Quant à Monseigneur Peric, qui a succédé à Monseigneur Zanic en 1993, il écrivait, dans un ouvrage intitulé Siège de la sagesse, publié en 1995 : " Il est défendu de prétendre et de professer que Notre-Dame serait apparue ou apparaîtrait encore à Medjugorje. " Or, il faut savoir que les autorités romaines ont enlevé à l'évêque de Mostar le pouvoir de jugement sur Medjugorje ! En effet, une commission d'enquête, organisée par Monseigneur Zanic en tant qu'Ordinaire du lieu, aboutit à un jugement négatif qu'il soumit à Rome en 1986. Or, le Cardinal Ratzinger n'accepta pas ces conclusions négatives et, fait très rare dans l'histoire des phénomènes religieux extraordinaires, Monseigneur Zanic, l'évêque du lieu, fut dessaisi de ce dossier. Rome a alors confié ce dossier à la Conférence épiscopale yougoslave, qui forma une nouvelle commission. Malgré cet échec, Monseigneur Zanic continua à se prononcer contre Medjugorje, si bien que dans une note officielle du bureau de la Secrétairerie d'État du Vatican du premier avril 1985, n. l50, 458, le Cardinal Casaroli pria Monseigneur Zanic de " suspendre la diffusion de ses déclarations personnelles ".
Pour ce qui concerne Monseigneur Peric, Monseigneur Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans une lettre du 26 mai 1998 adressée à Monseigneur Gilbert Aubry, évêque de Saint-Denis de la Réunion, déclarait que " le constat de non-supernaturalité des apparitions ou révélations de Medjugorje doit être considéré comme l'expression d'une conviction personnelle de l'évêque de Mostar, lequel, en tant qu'Ordinaire du lieu, a toujours le droit d'exprimer ce qui est, et demeure un avis qui lui est personnel ". En conséquence, l'opposition de Monseigneur Peric à Medjugorje ne reflète que son opinion personnelle et elle ne constitue aucunement un jugement officiel de l'Église !
Sans doute, on pourrait croire qu'il serait téméraire de parler ici d'erreurs dans le discernement très négatif émis par les deux évêques de Medjugorje. Cependant, l'élément le plus important à considérer dans le cas de Medjugorje n'est pas le fait des révélations, qui peuvent comprendre des erreurs, mais le fait des extases, qui peuvent difficilement être l'objet d'illusions, selon un principe certain de la théologie mystique. Les extases des voyants de Medjugorje sont donc authentiques et elles constituent un élément qui est certainement surnaturel !
Révélations privées et magistère de l'Église
Le Magistère de l'Église est prudent en ces matières. Sans doute, ce Magistère prend parfois sous sa protection certaines révélations privées, quand il les voit entourées de certaines conditions. Néanmoins, cette protection ne va jamais jusqu'à les imposer à la foi des fidèles.
L'approbation que leur donne le Magistère ne prétend pas nous dire autre chose sinon qu'elles sont probables et pieusement croyables. Par cette approbation, l'Église entend seulement déclarer qu'elle n'y trouve rien de contraire à la foi et aux bonnes mœurs, et qu'on peut les lire sans danger et même avec édification. À ce sujet, c'est la directive que donnait le Pape Benoît XI, qui a traité ce problème avec précision. Même le Pape ne peut imposer les révélations privées à la foi des fidèles. L'Église n'en garantit jamais la certitude absolue. Il peut y avoir des certitudes personnelles, mais jamais des certitudes officielles. En conséquence, les révélations privées constituent un domaine de liberté, quand elles sont exemptes d'erreurs doctrinales.
Les révélations privées, en tant que telles, ont un caractère " relatif et ambigu " ; même quand elles sont reconnues, elles ne le sont qu'au titre de leur probabilité. Néanmoins, s'il faut admettre le caractère ambigu des révélations privées, ce n'est pas une raison pour les rejeter, car tout est ambigu en ce monde. L'ambiguïté des révélations est celle d'un signe manifesté dans l'obscurité de la foi, manifestation limitée du Ciel à ceux qui sont encore sur la terre !
Révélations privées et attitude des fidèles
Pour se permettre de lire, dans le but de s'édifier, des révélations privées, il n'est pas requis d'avoir la certitude qu'elles sont divines ; il suffit qu'elles nous paraissent vraiment comme " probables et pieusement croyables ", selon les directives du Pape Benoît XIV. Mais pour agir ainsi, les fidèles doivent se fonder sur des critères sérieux ; sans doute, cela est vrai sur le plan théorique, mais en pratique il peut y avoir illusion dans le discernement de ce qui peut être considéré comme critères " sérieux " !
Il arrive fréquemment que des mystiques ou certains de leurs lecteurs croient se fonder sur des critères sérieux pour considérer certaines révélations comme étant authentiques, donc d'origine divine, et qu'ils tombent dans l'erreur. II serait facile d'en indiquer plusieurs exemples, mais limitons-nous à quelques-uns d'entre eux.
C'est le cas de personnes vivantes ou décédées, et même de saints canonisés, qui se sont parfois trompés dans la perception ou dans l'interprétation de leurs révélations, erreurs acceptées par leurs disciples. On pourrait citer avec détails à l'appui plusieurs saints dont les révélations contenaient des erreurs, comme Sainte Brigitte, Sainte Catherine de Sienne, Catherine Emmerich, Sainte Gertrude, Sainte Catherine Labouré, Sainte Mechtilde, Mélanie de la Salette, Sainte Monique, Saint Vincent Ferrier, Sainte Anne-Marie Talgi, etc. Mais indiquons quelques cas particuliers où il est question du problème relatif à une certaine préexistence de l'Immaculée !
Ainsi, une mystique authentique d'Amsterdam, Ida Peerdeman, a cru recevoir par révélation une prière qui fut très répandue et qui contient une erreur doctrinale très grave. Cette prière se termine ainsi : " Que la Dame de tous les peuples, qui fut un jour Marie, soit notre avocate " !
Cette affirmation est fréquemment interprétée dans le sens que " celle qui fut un jour Marie " a existé préalablement à la naissance de Marie, qui fut la mère de Jésus et en qui " CELLE " se serait incarnée ! Or, absolument rien dans la Révélation divine et dans la Tradition ne laisse entendre une telle possibilité ! Et même une mystique actuelle croit que " CELLE " se serait réincarnée aussi en elle : " L'Immaculée s'incarne une seconde fois, écrivait-elle, donc réincarnation en XXX en vue de la Co- Rédemption " !
Sous la pression d'Ida Peerdeman, ayant reçu de prétendues nouvelles révélations pour confirmer l'authenticité de la prière en question, plusieurs évêques lui ont accordé " l'imprimatur " ! Ces approbations épiscopales, même nombreuses, ne peuvent aucunement changer une erreur en vérité !
Dans le même sens et d'une façon beaucoup plus élaborée, Saint Maximilien Kolbe prétendait qu'on peut distinguer trois interventions importantes de l'Esprit-Saint par rapport à Marie. La première intervention est pour Lui-même, en créant l'Immaculée ; la deuxième intervention concerne l'Incarnation du Christ en Marie ; la dernière est orientée vers les chrétiens, chez qui l'Esprit Saint accomplit et continue avec Marie la Rédemption. De telles affirmations sont absolument contraires à la doctrine authentique de l'Église ! Il faut savoir que lorsque l'Église canonise une personne, ce sont ses vertus héroïques qu'elle canonise et non pas ses révélations !
Les auteurs spirituels soutiennent que l'illusion n'est pas à craindre, habituellement du moins, dans l'union mystique comme telle, et conséquemment dans l'extase, qui est l'une des étapes de l'union mystique. Cependant, ils affirment que l'illusion est plus facile dans les révélations privées. Il faut donc se défier un peu des révélations car cette voie est exposée aux illusions de l'imagination et du démon. Incidemment, ajoutons que le verbe " se défier " signifie : " se fier mais avec précaution " ! De plus, même si la révélation paraît authentiquement surnaturelle, il faut se défier de l'interprétation que l'on en donne, par crainte d'y avoir mêlé des idées personnelles !
Comme le faux peut se mêler au vrai, les révélations privées ont besoin d'un sérieux examen, avant de recevoir un entier crédit. Elles ont la valeur du témoignage de la personne qui les rapporte. Or, cette personne n'est jamais infaillible ; ses attestations ne sont jamais absolument certaines, sauf le cas d'un miracle opéré directement en faveur de telles attestations. Malheureusement, il faut reconnaître que le drame actuel de certains mystiques est de croire que toutes leurs révélations ont un caractère absolu ; ils ou elles " manipulent " l'infaillibilité à jet continu ! L'inerrance des révélations privées est donc loin d'être absolue !
Révélations et causes d'erreurs
Il existe plusieurs causes d'erreurs dans les révélations privées ; l'une d'elles est la fausse interprétation par la personne qui la reçoit. Les voyants peuvent mêler l'activité humaine à l'activité surnaturelle. De plus. Dieu ne donne parfois qu'une demi-intelligence des révélations, qui peuvent être sujettes à des conditions sous-entendues.
Lorsque les visions représentent des scènes historiques, comme par exemple celles de la vie ou de la mort de Jésus, elles ne le font souvent que d'une manière approximative. Il est possible qu'une révélation authentique soit modifiée, après-coup et involontairement, par le voyant lui-même. Ce danger existe notamment pour les paroles intellectuelles, qu'il faut ensuite traduire par des mots ; alors, on est exposé à modifier un peu le sens et surtout à lui donner une précision qu'il n'avait pas.
Si quelqu'un se croit à l'abri des illusions, il est très exposé à en avoir. Le désir des révélations ouvre aussi la porte aux illusions et il excite l'imagination à en inventer. Certaines personnes, qui connaissent un voyant ou une voyante, sollicitent des révélations pour obtenir des réponses à leurs questions. De telles consultations sont imprudentes, et elles exposent à des réponses erronées, dues à l'imagination du voyant.
Les révélations peuvent inciter à réaliser une entreprise déterminée. C'est ici surtout que la prudence et même la défiance sont nécessaires. Au sujet des révélations annonçant des châtiments, appelées techniquement révélations comminatoires, il est très important de savoir qu'elles doivent toujours être considérées comme étant seulement conditionnelles. Ce qui signifie que ces châtiments ne se réaliseront que s'il n'y a pas un nombre suffisant de pécheurs qui se convertissent, ou s'il n'y a pas un nombre suffisant d'âmes ferventes qui expient pour les autres.
L'une des conditions de l'authenticité d'une révélation est sa pleine conformité avec les dogmes et les enseignements communs de l'Église. Il suffit qu'un seul dogme soit contredit pour conclure que telle révélation ne vient pas de Dieu. De plus, tous les détails qui accompagnent une vision : attitudes, paroles, gestes, etc. doivent être conformes à la dignité et au sérieux qui conviennent à la Majesté divine.
Révélations privées et liberté de leur diffusion
Il a été indiqué précédemment que le Pape Paul VI, en 1966, a aboli les restrictions qui étaient contenues dans les canons 1399 et 2318 de l'ancien Code de droit canonique, concernant les publications relatives aux nouvelles apparitions, révélations ou miracles. De tels écrits peuvent être lus et diffusés par les fidèles, sans permission spécifique de l'Église, donc sans " imprimatur ", pourvu qu'ils ne contiennent aucune erreur doctrinale. Comme il arrive fréquemment que des fidèles se groupent pour organiser la diffusion des révélations privées, il leur sera utile de connaître sous quelles conditions ils ont la liberté de former même des associations pour réaliser une telle œuvre.
À ce sujet, le nouveau Droit canonique est très clair ; en effet, le canon 298, § 1 détermine ce qui suit : " Dans l'Église, il existe des associations distinctes des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, dans lesquelles les fidèles, clercs ou laïcs, ou encore clercs et laïcs ensemble, tendent pour un agir commun à favoriser une vie plus parfaite, à promouvoir le culte public ou la doctrine chrétienne, ou à exercer d'autres activités d'apostolat, à savoir des activités d'évangélisation, des œuvres de piété ou de charité, et l'animation de l'ordre temporel par l'esprit chrétien. " Il y a des associations qui sont érigées par les autorités ecclésiastiques et qui sont appelées " publiques " (can. 301, § 3) ; d'autres sont appelées " privées ", parce qu'elles sont constituées par les fidèles, " par convention privée conclue entre eux " (can. 299, § 1).
Les associations privées, dont les initiatives sont ordonnées à des fins qui sont en rapport avec la mission de l'Église, ne requièrent aucunement un acte constitutif ou incitatif de la hiérarchie, comme l'indiquent le canon 299, § 1 et aussi le canon 215, qui s'énonce ainsi : " Les fidèles ont la liberté de fonder et de diriger librement des associations ayant pour but la charité et la piété, ou encore destinées à promouvoir la vocation chrétienne dans le monde, ainsi que de se réunir ensemble à ces mêmes fins. ". Ce dernier canon distingue deux droits différents, c'est-à-dire celui d'association et celui de réunion. Ce droit d'association s'applique tout autant à la fondation d'associations nouvelles qu'à l'adhésion à celles qui existent déjà.
Tous les fidèles, comme l'indique le canon 216, " ont le droit de promouvoir ou de soutenir une activité apostolique, même par leurs propres entreprises " ; il n'y a qu'une seule restriction, c'est qu'" aucune entreprise ne peut se réclamer du nom de catholique sans le consentement de l'autorité ecclésiastique compétente ".
Pour conclure, on peut rappeler que, depuis l'intervention du Pape Paul VI, en 1966, les fidèles ont le droit de lire et de publier des révélations privées, sans autorisation ecclésiastique, non sans " imprimatur ", pourvu qu'elles ne contiennent pas d'erreurs doctrinales. Cependant, pour vérifier l'orthodoxie des révélations, il faut tenir compte du langage spécifique de la théologie ascétique et mystique et du langage proprement mystique. De plus, comme le signalait le Cardinal Ratzinger, notamment au sujet de Vassula Ryden, " personne ne peut être condamné sans procès et sans avoir été entendu " ! Une condamnation qui ne réalise pas ces conditions est tout simplement invalide !

Père Ovila Mélançon
 
 

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