CHRETIENS
MAGAZINE
n° 126
15 déc. 1999
SOMMAIRE
BULLETIN
D'ABONNEMENT

Dernières nouvelles
des apparitions dans le monde
Medjugorje

Témoignage d'un prélat français

Monseigneur André Lecoq, recteur du sanctuaire de Monlige, dédié aux âmes du Purgatoire, un centre vivant, rayonnant et apostolique, ne s'intéressait pas à Medjugorje. Et voilà qu'on lui offre un voyage pour l'anniversaire du 24 juin. Il accepte, mais en toute prudence : pour voir. Au passage, il rencontre l'archevêque de Ljubljana qui lui dit : " Medjugorje ? C'est une œuvre de Dieu. On n'arrêtera pas Medjugorje ! Aujourd'hui, personne ne peut en nier les bons fruits. Ne reconnaît-on pas un arbre à ses fruits ? Medjugorje est une œuvre de Dieu qui durera ! "
à Medjugorje il rencontre Vicka en privé pendant un quart d'heure, il est convaincu de son authenticité, il n'hésite pas à en témoigner au retour auprès des jeunes qu'il accueille nombreux dans son sanctuaire. Au retour dans la cathédrale de Ljubljana, il n'hésite pas à dire :
" C'est Marie qui nous a mis en chemin, comme elle-même avait pris la route pour visiter Elisabeth. Mais ici c'est Marie qui nous invite personnellement chez elle à Medjugorje, sans aucun doute. "
Ce moment de lumière fut pour lui un viatique. Un mois plus tard, de retour en France, Monseigneur Lecoq se tuait dans un accident d'auto. Notre-Dame lui a donné un avant-goût de sa visite définitive.
De plus en plus d'évêques
Au mois d'octobre, cinq évêques se sont rendus en visite privée à Medjugorje : deux Ougandais, un congolais, un vénézuélien et Monseigneur Emilio Bataclan, des Philippines. Le premier évêque ougandais témoigne : " Rien ne pose problème ici. Ce qui se passe à Medjugorje est véridique et très fort ; on y voit des pèlerins du monde entier. [...] à travers ce lieu, Dieu nous donne des grâces particulières. Les personnes qui éprouvent des difficultés dans leur foi devraient venir ici à Medjugorje. C'est une chance, un privilège, un don tout particulier que Dieu nous accorde par l'intermédiaire de la Bienheureuse Vierge Marie [...]. L'expérience que l'on fait ici est plus forte qu'ailleurs, les gens sont habités ici par la force. Les gens qui guident l'église devraient venir faire l'expérience de ce lieu. "
Après quelques jours à Medjugorje, Monseigneur Stanislas Lukumwena, du Congo, a déclaré :
" Le premier matin, dès mon arrivée, je suis allé prier sur la colline des Apparitions. J'étais très impressionné, car j'y ai rencontré plein de gens recueillis en profonde prière. Mon expérience du Programme du soir suivi par tant de fidèles a été également importante. Des personnes de divers pays parlant diverses langues m'ont donné l'occasion de ressentir une profonde et inexprimable joie. Je suis venu en visite privée, j'accepte officiellement la position de l'Église et pourtant l'expérience personnelle est autre chose. En ce qui me concerne, je considère que tout ce qui se passe ici, surtout les grandes foules de pèlerins, ne peut s'expliquer autrement que par une intervention spéciale de Dieu. à propos de l'authenticité des apparitions, nous devons laisser le jugement à ceux qui sont appelés à cette tâche dans l'église. Personnellement, je prie que la reconnaissance vienne le plus vite possible. La Gospa nous a toujours dit de prier pour la paix. Aujourd'hui, le monde est divisé, il n'y a ni paix ni amour. J'appelle tout le monde à prier fortement et humblement. Que la paix vienne à tous les hommes. Je conseille à toutes les communautés qui manquent de vocations de venir ici, de vivre et de prier dans cet esprit, et elles auront certainement des vocations. À vous tous qui vivez ici, je voudrais dire : continuez à travailler comme vous le faites, dans l'esprit de Saint François, avec dévouement et humilité. Continuez à espérer, car le moment de la reconnaissance viendra et alors nous serons tous dans la joie. "
Monseigneur Jose de Jesus Nunez Viloria, évêque de Guyane (Venezuela), est venu du 24 au 28 octobre 1999, en pèlerinage avec un groupe de pèlerins. Il a déclaré :
" Après ces quelques jours passés à Medjugorje, je retiens des impressions très positives. Pour moi, il est clair que quelque chose de très fort et de surnaturel se passe en ce lieu. Autrement, ces événements ne pourraient durer si longtemps ni se répandre dans le monde entier Je sais que de plus en plus de personnes viennent du monde entier, que les gens y prient beaucoup et qu'ils se convertissent. C'est une grande réalité surnaturelle dont les faits témoignent. Les voyants transmettent simplement ce que la Gospa leur dit, et il s'agit d'appels bibliques : la paix, la réconciliation, la prière, le jeûne, que les fidèles accueillent et continuent à vivre. Lorsque j'ai écouté une des voyantes, j'ai vu que certains pèlerins étaient animés par la curiosité, mais elle repondait très simplement. Elle ne pouvait transmettre que ce que la Gospa lui disait, d'autres questions devaient être posées aux prêtres. Mon impression est très positive au sujet de tout ce qui se passe ici. J'aime tout particulièrement le programme du soir, le chapelet, la messe et l'adoration. C'est un vrai chemin de conversion.
Je voudrais vous dire fraternellement : soyez patients avec les gens qui viennent. Ils arrivent de loin, ils ne savent pas tout. Il faut toujours les écouter avec patience et les aider dans la mesure du possible. Je dirais aux voyants, aux prêtres et aux pèlerins : accueillez Marie qui nous aide aujourd'hui d'une manière particulière à approcher le Christ, le seul Médiateur et le seul Sauveur. Du haut de la Croix. Jésus lui a dit : Voici ton fils ; mais il a également dit au disciple : Voici ta Mère. Je suis convaincu que c'est la raison des apparitions, celle qui donne à Marie le droit duquel procède le devoir d'apparaître et de nous aider. Notre devoir à nous est de l'accueillir. Ce qui est annoncé ici est le cœur de l'évangile, c'est pourquoi il faut l'accepter. Il s'agit du renouveau de la vie selon l'évangile. L'esprit de piété et de ferveur si évident ici peut vraiment être au service de la nouvelle évangélisation. Je me confie, moi-même, tous les prêtres et le monde entier à vos prières, et je m'engage à prier pour tous. "
L'avant-dernière semaine d'octobre, Monseigneur Emilio L. Bataclan, évêque des Philippines, s'est également rendu à Medjugorje. Avant son départ, il a déclaré ;
" Je crois que la Gospa apparaît ici. Elle est une mère et elle s'occupe de nous. Je crois qu'elle est toujours avec ses enfants, surtout lorsqu'ils doivent souffrir, lorsqu'ils ont tant de problèmes. Croire que la Gospa est ici ne me pose aucun problème, car le sensus fidelium (le sentiment du peuple) me dit le premier que Marie est ici. Mes vingt-cinq ans d'expérience comme prêtre, curé et évêque m'aident également à reconnaître des signes de la présence de Marie qui s'occupe de ses enfants. Je voudrais dire à tous : Marie est une mère aimante et elle doit vraiment venir dans ce monde. Elle vient et elle nous dit ce que nous devons faire, car elle s'occupe de nous. J'espère que le monde ouvrira son cœur et son âme à cette bonne mère. Prions pour la grâce, pour que tous les cœurs s'ouvrent. Prions les uns pour les autres. Que Dieu vous bénisse tous ! "
A propos d'un livre sur Medjugorje
Beaucoup de lecteurs de Dimanche ont été troublés par la publicité faite au livre polémique de Joachim Boufflet : Medjugorje ou la fabrication du surnaturel. Ce livre contient, certes, des interrogations fondées et des objections sérieuses, mais auxquelles, pour la plupart, il a déjà été répondu avec précision, notamment dans le dernier volume, très documenté, que l'Abbé Laurentin a consacré au sujet : Medjugorje. l'hostilité abonde, la grâce surabonde. Paris, F-.X. de Guibert, 1998. On est frappé par la différence de ton. Joachim Boufflet attaque, démolit, insinue, d'une manière qui pourrait appeler un procès en diffamation : un véritable pamphlet. Plusieurs spécialistes ont d'ailleurs déjà dénoncé les erreurs contenues dans cet écrit. En revanche, Rene Laurentin s'exprime posément, avec respect et souci de la paix. Personne n'est obligé de croire aux apparitions de Medjugorje et, de toute manière, nous nous soumettrons au jugement de l'église quand il sera prononcé. Actuellement, la position négative des deux évêques successifs de Mostar n'a encore rien d'officiel. Et les pèlerinages demeurent permis, pourvu qu'ils n'aient pas un caractère officiel. Mais les fruits portés dans le monde entier par Medjugorje sont tels qu'il est malaisé d'y voir une simple supercherie des hommes ou de Satan. Quelque chose d'authentique se passe là, même si les parasites humains provoquent de regrettables interférences. En tout cas, ce haut lieu spirituel, auquel tant d'adultes et de jeunes doivent leur conversion ou leur vocation, mérite un autre traitement que ce réquisitoire unilatéral. Je connais beaucoup de gens qui sont sortis grandis de leur contact avec Medjugorje. Je doute fort que la lecture du livre de Joachim Boufflet leur apporte le même supplément d'âme. Ici aussi on reconnaît l'arbre à ses fruits.

Monseigneur A. M. Léonard évêque de Namur 
Publié dans Dimanche (Belgique)

 

Yvonne-Aimée
La suite de sa biographie
entre dramatique et insolite

L'Abbé Laurentin a entrepris en 1980, sur invitation du Cardinal Seper (prédécesseur du Cardinal Ratzinger), l'enquête révélatrice sur Yvonne Beauvais, en religion Mère Yvonne-Aimée, vingt ans après le décret du Saint-Office qui interdisait d'écrire sur elle. Il écrivit d'abord, pour les besoins des Sœurs, une courte vie illustrée qui fut examinée et acceptée par Rome, et dont 25 000 exemplaires ont déjà été diffusés. Ensuite, il s'est attaché à explorer en profondeur ce cas hors série des annales mystiques et charismatiques. Il a d'abord exploré quelques-uns des charismes insolites d'Yvonne-Aimée et publié sur chacun d'eux une monographie : les prédictions nombreuses et vérifiées comme aucune depuis les origines de l'église, puis les stigmates, bilocations, dons de guide spirituel, services des pauvres (8 volumes successifs). Convaincu par ces examens exploratoires qui n'ont jamais été contestés, il a entrepris ensuite une grande biographie en 6 volumes qui relate sa vie et s'achèvera par un tome bilan pour évaluer sa sainteté et l'ensemble de ses charismes. Après trois ans de silence pour surmonter les obstacles qui surviennent souvent en pareil cas, il publie  le tome ii avec un comité de patronage éminent ou figurent des cardinaux, princes de sang, académiciens savants, hommes d'état, et Monsieur Messmer, ancien Premier ministre, aujourd'hui chancelier de l'Institut.
Abbé Laurentin, qu'apporte ce tome II ?
C'est l'essor mystique après une enfance méconnue, généreuse, totalement donnée dans l'épreuve et la nuit spirituelle, objet du tome i. Tout se dévoile soudain, en juin 1922, précédé (fin mai) de songes qui présageaient symboliquement sa mission à l'égard des sœurs : des colombes ensanglantées qu'elles avait à sauver. Elle ne comprendra que plus tard.
Le mariage spirituel étant en principe un sommet, Yvonne-Aimée arrivait ainsi, dans la fleur de l'âge, sur un Thabor lumineux et radieux.
Non, car dès le 5 juillet suivant, le Seigneur lui proposa de porter la Croix à sa suite. Et quelle Croix !
Les mystères douloureux après les mystères glorieux, n'est-ce pas le spirituel à l'envers ?
Non. Dans la voie ordinaire il est vrai qu'après la joie des premiers contacts avec Dieu vient longuement le temps des épreuves et de la nuit de la foi, avant la glorification finale. Même le Christ, qui est le sommet transcendant de toutes les unions, spirituelles et hypostatiques, a terminé sa vie par l'agonie, la condamnation à mort, l'atroce Crucifixion et la descente aux enfers. Certains mystiques de haut niveau ont été invités à le suivre dans cette ultime épreuve. C'est le cas de Sainte Bernadette comme de Thérèse de Lisieux ou, parmi les vivant, de Madame R. dont j'ai publié le Journal. De suprêmes épreuves peuvent suivre le mariage spirituel.
Yvonne-Aimée était donc une âme douloureuse, voire doloriste ?
Pas du tout. Comme beaucoup de celles qu'on appelle les " âmes victimes ", elle était toujours souriante, paisible, nullement renfermée sur elle-même, mais ouverte aux autres, tonique et stimulante pour tous comme étaient d'ailleurs Bernadette, Thérèse de Lisieux et d'autres. Cette paix, cette communication, cette fructification transparente des confidents de la Croix de Jésus sont un des plus profonds secrets de la vie spirituelle.
C'est donc un livre d'analyse spirituelle ?
Oui, mais l'analyse viendra au dernier tome de cette biographie hors série, où il s'agira de discerner rigoureusement la sainteté et les charismes dont on aura vu l'essor dans les premiers tomes. La biographie est le récit au jour le jour, surprenant et dramatique, des événements quotidiens tels qu'on peut les reconstituer à travers les nombreux écrits (30 000 documents) des nombreux témoins, perplexes et convaincus, qui ont éprouvé le besoin de noter ces rencontres… pour comprendre plus tard.
Perplexes dites-vous. Elle a donc subi des soupçons, des oppositions ?
Oui, colossales et de la part de ses meilleurs amis. Le Seigneur l'en avait d'ailleurs avertie momentanément. Ce livre est l'histoire d'un essor personnel, largement rayonnant, mais dont elle paya le prix par des épreuves stupéfiantes : celles que Dieu demande parfois à des âmes d'élite (stigmates…), mais aussi des sévices du démon.
Est-ce possible pour une âme parfaitement unie à Dieu donc protégée de l'intérieur par la puissance divine?
Non, et le Christ, Fils de Dieu lui-même, a subi les contradictions et intrigues qui l'ont fait condamner à mort et torturer au-delà de toute expression. Bernadette et Thérèse de Lisieux, au sommet de leur sainteté, ont été assaillies de tentations radicales contre l'espérance et la foi. Elles assumaient, par une sorte de substitution, la condition des pécheurs qui ont perdu jusqu'au sens de Dieu. Elles ont souffert pour eux la détresse qu'ils fuyaient en s'étourdissant dans les plaisirs ou l'illusion. Le démon s'acharne par prédilection sur ceux qui sont le plus dangereux pour son règne. Le Christ n'y a pas échappé. Le démon est venu l'assaillir des plus insinuantes tentations, pendant son jeûne au désert. Le tentateur a épuisé à l'extrême ses tentations les plus subtiles jusqu'à lui faire dire, pendant une courte période d'ailleurs, qu'elle avait menti, et que son action fructueuse n'était qu'illusion
Elle fut donc alors possédée du démon ?
Non, point possédée car le démon n'avait point accès à la fine pointe de son âme consommée dans l'union à Dieu. Mais à la limite il a le pouvoir d'obséder psychologiquement, de mouvoir, comme un instrument, le corps et la psychologie de ceux chez qui on constate des symptômes analogues à ceux de la possession.
Mais ils ne sont point possédés. Il faut dire assiégés, comme une citadelle sur laquelle l'ennemi fait pleuvoir une grêle d'obus et de flammes mais sans atteindre la liberté ni la résistance profonde. J'ai appris cela comme théologien de l'Association internationale des exorcistes, eux connaissent aujourd'hui encore bien des cas de ce genre. Le démon semble avoir épuisé son arsenal avec Yvonne-Aimée, mais ses conseillers, d'abord déconcertés, ont bien perçu qu'elle n'était pas dans son état normal et que ce qu'elle disait dans ces moments-là était tissé de contradictions internes qui contredisaient aussi la cohérence du reste. Dieu a permis qu'ils surmontent ces moments difficiles. à ces frontières de l'extrême (d'en haut et d'en bas), Yvonne-Aimée a subi aussi des sévices physiques.
Le démon a-t-il aussi ce pouvoir ?
L'évangile l'affirme. Jésus a été transporté par le démon, raconte-il. Nombre d'exégètes demythisent tout cela, mais Yvonne l'a connu : elle a subi des coups et blessures, et de nombreux témoins qui la soignaient ont vu les blessures sanglantes se former sous leurs yeux, y compris un évêque, Monseigneur Picaud, et des prêtres qui étaient venus l'assister. Les exorcismes l'ont alors soulagée dans les rares cas où on a pensé à le faire car on hésite toujours à recourir à ce moyen extrême.
L'évangile dit donc vrai quand il nous parle du démon qui a " épuisé toute tentation " à l'encontre du Christ à la fin de son jeûne parce qu'il avait discerné en lui l'ennemi suprême.
Oui, et Yvonne-Aimée, à son humble place, était aussi un ennemi souverainement dangereux pour son règne. Le livre montre comment ces épreuves-là étaient l'envers d'une action constructive. Elle en " payait la note ", comme constataient ses conseillers spirituels. Avez-vous remarqué que l'évangile de Luc termine le récit de la tentation par ces mots : " Le démon vaincu s'éloigna jusqu'au kairos ", c'est-à-dire au moment opportun d'une nouvelle action ? Et cette action fut différente. Non plus séduction intérieure, adressée au désir de nourriture, de gloire, de puissance qui habite tout cœur humain, mais une action sur les hommes pour qu'ils détruisent le suprême ennemi. Ainsi a-t-il fait mourir le Christ par les puissances religieuses et civiles d'alors : Yvonne a subi aussi cela. Plusieurs de ses meilleurs amis et conseillers se sont retournés momentanément et radicalement contre elle. Le Seigneur l'en avait avertie pour la préparer à surmonter ces chocs déconcertants. Au cours de ses visites aux pauvres, en des quartiers dangereux, elle a subi des violences, et en dehors même de ces quartiers dangereux, dans la " zone rouge " où la police ne se risquait pas : elle a subi l'agression d'un groupuscule qui l'a torturée et l'a violée. Mieux valait révéler cela, comme l'a écrit le Père Labutte, à l'heure où, en notre monde, on cultive l'érotisme et l'impulsivité en tous sens et où tant de femmes subissent de tels assauts destructeurs. Deux photos prises quinze jours après ce viol, à la Brardiere, conservées par le Père Labutte, attestent le tragique qu'elle portait dans son cœur et dans sa chair tout en continuant sans défaillir ses activités débordantes et constructives près de ses pauvres et ailleurs. Cette période cruciale est bien une période de l'extrême. Mais le récit même manifeste le sens spirituel où la main de Dieu s'affirme à travers le pire comme elle s'est manifestée au sommet dans la Passion du Christ. Ceux qui vivent à fond l'évangile font la preuve de l'actualité de l'évangile aujourd'hui.
C'est donc un livre noir ?
Nullement, car la fidélité d'Yvonne dans le pire est exemplaire et le bien progresse irrésistiblement à travers les obstacles d'en bas et les grâces extraordinaires qui fructifient admirablement : plus efficacement et plus durablement que le mal.
Tout cela risque de paraître incroyable et de justifier ceux qui invitent au doute et au silence sur Yvonne-Aimée?
Sans doute. Je respecte la liberté de critique de chacun mais les témoins sont nombreux et en plein accord. On peut discuter du détail mais la cohérence de tant de témoins indépendants et improvisés s'impose, et ce qui s'impose surtout c'est la cohérence des incohérences (p. 485), car la Providence et une action exceptionnelle de Dieu conduisent le pire au bien de tous et d'Yvonne elle-même. C'est la conclusion du livre. Elle renvoie tous ces retournements à une manœuvre fatale qui aboutit à un résultat favorable pour ouvrir Malestroit, interdit à la vocation irrésistible d'Yvonne- Aimée et à ses grands projets récusés comme mégalomaniaques.
Mais si plusieurs de ses conseillers l'ont abandonnée et combattue comme vous le dites, n'est-ce pas à ce moment qu'ils avaient raison pour avoir discerné l'illusion ?
Non, comme il ressort de leur témoignages eux-mêmes. Car leur illusion d'opposants, dure et même brutale, fut l'illusion d'un moment, et au-delà de ces tentations tous sont revenus à leur conviction admirative pour l'œuvre de Dieu en Yvonne et son attitude irréprochable et profonde, dans les pires circonstances ; sauf l'un d'entre eux qui a oscillé toute sa vie, comme on le verra, entre une ferveur excessive et gênante pour Mère Yvonne-Aimée et des attaques véhémentes, pour finir dans la perplexité. Il a témoigné au procès de canonisation, et s'il avait des objections ce n'est point son témoignage ni celui d'autres opposants qui a fait arrêter la béatification. La Providence a préservé l'essentiel en permettant que ces oppositions soient généralement momentanées et plus ou moins dissipées.
Enfin, jamais l'opposition n'a atteint aucune des religieuses de la communauté qu'Yvonne eut à réformer puis à former jusqu'à sa mort. Elle fut toujours élue à l'unanimité dans une ferveur simple, profonde et sans aucune contagion de l'extraordinaire, ce qui arrive pourtant dans les lieux de miracles et d'apparitions les plus exemplaires. Même à Lourdes, une épidémie de 50 visionnaires relaya Bernadette à la Grotte, d'avril à juin 1858. S'il en arrivait autant aujourd'hui, dans nos apparitions actuelles, on fermerait le pèlerinage sans appel au lieu de remédier instantanément à ces erreurs et de discerner la grâce unique de Bernadette, comme fit Monseigneur Laurence qui reconnut l'authenticité de Lourde.
C'est donc un livre fécond en suspenses variés ?
Mais surtout édifiant sur les relations tellement profondes de Dieu et des hommes pour faire triompher l'amour à travers les libertés humaines, malgré des tentations persévérantes du démon. Aujourd'hui plus que jamais peut-être. Il faut apprendre à s'y reconnaître : à discerner. Plus qu'il n'est surprenant et dramatique, ce livre éclaire essentiellement sur le fond de la vie spirituelle et sur le prix qu'il faut parfois payer ces fruits pour susciter cette nouvelle naissance du Christ dans les cœurs et dans le monde que le Pape Jean-Paul II veut faire naître pour le prochain millénaire. Toute vie humaine est aussi une aventure à suspens et un drame semé d'épreuves qui appelle un discernement quotidien avec la grâce de Dieu. C'est cela qu'Yvonne a vécu à fond au jour le jour et que j'ai suivi pas à pas grâce à des archives exceptionnelles de plus de 30 000 documents.
Mais pourquoi un si gros livre ?
C'est à cause de la densité et du pittoresque d'événements qu'il ne fallait pas réduire à l'abstraction : des événements avant tout intérieurs et spirituels, mais qui se reflètent à tous niveaux, personnel, communautaire, national. Outre sa mission fondamentale pour rénover le couvent des Augustines hospitalières de Malestroit et la Congrégation tout entière, elle recevait d'autres missions momentanées pour intervenir dans le monde et aller reprendre des Hosties chez les profanateurs, parfois en bilocation, parfois par des voyages normaux, ou par des voyages accélérés sinon instantanés qui ont mis à l'épreuve des témoins critiques. Ils ont eu beau consulter les horaires des trains, ils n'ont pu s'expliquer comment Yvonne-Aimée, en de rares circonstances, a été vue en des lieux si lointains et si différents sans aucun moyen de liaison possible. Pour tous ces épisodes il fallait raconter sur le vif, en citant les témoins nombreux, indépendants et divergents, en même temps que critiques et pondérés, dont la convergence et l'accord sans failles obligent à constater les faits (par exemple pages 185 à 205). Les méthodes prétendument critiques qui invitent à éliminer, y compris de l'évangile, les miracles et tout ce qui n'est point ordinaire, ne sont point des méthodes normales ni scientifiques. Les scientifiques font aujourd'hui bien des constats qui déconcertent le bon sens et même la raison, qu'il s'agisse de la relativité généralisée ou de la solidarité entre des particules trop éloignées pour qu'on puisse expliquer leurs réactions parallèles par une influence de l'une sur l'autre. C'est la richesse pittoresque des événements et le souci de serrer de près le quotidien, en citant suffisamment de témoins pour apporter les preuves, qui m'ont obligé à faire un gros livre sur cette période initiale et décisive de la carrière d'Yvonne-Aimée. Une fois cette base établie, les volumes suivants pourront être plus restreints et enjamber des phénomènes réitérés dont il fallait assurer la solidité dès le départ.
Cela reste donc un livre insolite et presque policier ?
Oui, sans doute. Les témoins déconcertés sont souvent devenus autant de Sherlock Holmes, mais selon les conseils de l'église je ne m'appesantis pas sur l'insolite. Il fallait relater par honnêteté historique et expertiser sans discussion inutile, même ce qui était choquant ou insolite, ou mystérieux et prêtant à objections, à la lumière des notes intimes et inédites d'Yvonne-Aimée et de tant de témoins surpris qui étaient également des spirituels et ont exercé sur-le-champ leur esprit. C'est bien cela qui surnage de ce livre, si on le lit tel qu'il a été écrit et non pour y chercher l'extraordinaire. Le résultat qui émerge, c'est l'irrésistible réussite de la mission hors série d'Yvonne-Aimée près des Sœurs Augustines hospitalières de Malestroit et parfois ailleurs. On peut se demander pourquoi le ciel avait choisi une jeune fille de vingt ans sans science ni expérience pour résoudre les problèmes de ce couvent privilégié, de cette congrégation internationale et, par rayonnement, de beaucoup d'autres. Mais Dieu souvent nous déroute dans le monde et dans notre vie : " Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes voies ne sont pas vos voies ", répète-t-il dans l'Ecriture (Is 55, 8). Ce qui reste de ce livre, c'est ce surprenant guidage du ciel qui charge une jeune fille de vingt et un ans, convalescente en difficulté, de libérer un couvent piégé et de relancer son avenir, et celui de la France, avec des retombées sur tout le reste, toujours au service de l'église. Tout cela était apparemment déraisonnable. " Incroyable ! Incroyable ! " comme murmurait Monseigneur Gouraud, l'évêque responsable qui fut longtemps l'opposant numéro un à Yvonne- Aimée, mais que l'assistance du ciel conduisit finalement à appuyer, contre toute prudence superficielle, l'entrée d'Yvonne au couvent de Malestroit dont elle fut momentanément exclue, durant cinq années. Cela conduira finalement Yvonne jusqu'à des rencontres personnelles avec Pie XI et Pie XII qui adoptera son œuvre réformatrice comme un modèle généralisé dans l'église. Le général de Gaulle tint à la décorer personnellement. Cohérence et réussite spirituelle ne cesseront donc de s'imposer tout au long de sa vie dont ce volume retrace la période la plus aventureuse et la plus déconcertante Cette toute jeune fille obéissante à l'excès sut cultiver des jardins secrets avec une étonnante indépendance et liberté. En un temps où les femmes de la classe bourgeoise ne sortaient encore qu'accompagnées, environnées de contraintes, son amour des pauvres la conduisit dans une zone dangereuse de Paris. Elle n'affectionnait nullement l'extraordinaire dont Dieu la gratifiait : elle s'en serait bien passée et demandera bientôt à en être libérée. Cette destinée exceptionnelle a sa place (au-delà de contestations qu'il faut bien prendre en considération) dans les annales de l'église. L'histoire se devait de l'évaluer. C'est ce que le Cardinal Seper a perçu lorsqu'il a écrit aux Sœurs Augustines de Malestroit la lettre les invitant à me demander ce travail sur une religieuse contestée dont son prédécesseur, le Cardinal Ottaviani, avait arrêté définitivement la cause de canonisation. Le décret n'est d'ailleurs pas rapporté. Tout en m'autorisant personnellement à continuer cette recherche à mes risques et périls, la Congrégation m'a rappelé que le décret restait valide et arrêtait définitivement la cause de canonisation.

René Laurentin

R. Laurentin, Biographie, tome ii. L'Essor mystique et l'impossible vocation. Ce volume est disponible en souscription à la Communauté des Augustines.
1. Procure, BP 23, 56 140 Malestroit jusqu'au 25 décembre au prix de 120 francs + 20 francs d'expédition (180 francs après cette date).
2. Le bruit s'est répandu que ce décret n'existait pas, mais la Congrégation n'a cessé de relancer l'Abbé Laurentin en lui rappelant son autorisation spéciale, qu'il existait bien et le maintien de la cause de béatification. Le texte a été d'ailleurs communiqué aux archives concernées.
Le Père Labutte avait rencontré le Cardinal Ottaviani, auteur de ce décret, qui lui avait dit avec bienveillance : " Vous pouvez écrire votre essai et nous l'envoyer. Il sera examiné. " Mais le Père Labutte n'a pu envoyer son livre avant que les fonctions du Cardinal Ottaviani aient cessé, au lendemain du Concile. Le cardinal n'avait pu envisager qu'une permission analogue à celle qui m'a été donnée en cas d'examen favorable, comme a été favorable l'examen de mon premier écrit : Un amour extraordinaire Ed. de Guibert - Paris.
 
 

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Les Evangiles de l'enfance

La petite malicieuse
 

L'accord d'Augsbourg
(31 octobre)

 
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