CHRETIENS
MAGAZINE
n°
127
janvier
2000 |
|
Grandes
Saintes
Les-Saintes-Maries-de-la-Mer
coeur de la tradition chrétienne
et provençale
La croix de Camargue
la croix + l'ancre+ le coeur: les 3 vertus théologuales
Sur toute la planète, chaque diocèse, en plus de sa cathédrale,
propose aux fidèles des sanctuaires et des églises pour accomplir
leur pèlerinage jubilaire.
Au cours de l’année 2000, nous visiterons quelques-uns de ces
hauts lieux de la foi. Dans les Bouches-du-Rhône, la cathédrale
du diocèse d’Aix-en-Provence est Saint-Sauveur. Monseigneur Claude
Feidt a choisi comme églises jubilaires Notre-Dame-de-la-Major à
Arles et l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer, en Camargue.
Terre de tradition
La Camargue, ce triangle de 82 000 hectares entre les deux bras du
Rhône, a su garder jalousement ses particularismes traditionnels.
Paradoxalement, c’est l’inhospitalité de cette terre, essentiellement
marécageuse et saumâtre, qui a déterminé son
originalité. Le taureau et le cheval sauvage, au fil des siècles,
y avaient trouvé un refuge, alors que l’agriculture et l’exploitation
forestière s'étendaient toujours plus ailleurs. La première
roubine (canal) pour assécher les marais a été creusée
au xiie siècle par les moines de Montmajour et ce n’est qu’au xviiie
siècle que les premières digues ont été construites.
Le sel et le riz – après la vigne – ont accroché au sol camarguais
une petite population. La déferlante touristique, qui a débuté
dans les années soixante, n’a pas submergé la tradition provençale
dont la Camargue est l’un des « réservoirs ».
Son taureau noir et son cheval blanc sont restés sauvages. Les
juments mettent bas librement, en plein air. Les poulains subissent ainsi
un climat sévère qui détermine leur petite taille
et leur résistance remarquable. Le cheval est dressé à
l’âge de trois ans, la jument réservée à la
reproduction n’est pas montée.
La complicité du petit cheval Camargue et de son gardian est
surprenante. Le cavalier mène de la main gauche et tient son trident
de la main droite. Le tri des taureaux se fait au plein galop, c’est un
spectacle étonnant fait d’agilité et de force. Cette activité
pastorale, qui doit remonter à l’Antiquité, existe encore
pour fournir en taureaux les ferias dans les nombreuses arènes de
basse Provence et du Languedoc où se pressent les foules d’aficionados.
La vie du gardian réclame des qualités d’énergie,
de ténacité, de droiture, de liberté qui engendrent
tout naturellement un attachement inné aux traditions. C’est grâce
à la nacioun gardiano (nation gardiane, mouvement de sauvegarde
des traditions fondé en 1909 par Baroncelli) que les pèlerinages
des Saintes-Maries-de-la-Mer ont perduré, en particulier pendant
la terrible dépression de la foi des décennies 60 à
80. A toutes les processions les gardians étaient là, sur
leurs chevaux, trident en main, fiers et souriants, encadrant « leurs
» Grandes Saintes. A Noël dernier, je les ai vus descendre de
leurs montures et se rendre à la messe de minuit, toujours le trident
à la main, et communier.
La nacioun gardiano ce sont aussi les Arlésiennes, présentes
dans toutes les manifestations, vêtues de leurs costumes provençaux
qui ont été portés jusqu’à la Seconde Guerre
mondiale.
Le mystère des Saintes
Ces dernières années, les pèlerins sont revenus
en grand nombre (plus de 40 000 en mai dernier – chiffre de la gendarmerie)
dont les gitans, qui avaient oublié que Sainte Sara les attend sur
leur terre sacrée les 24 et 25 mai, depuis près de deux mille
ans. Les Saintes sans les gitans ne seraient plus les Saintes !
Les Saintes Maries (les Grandes Saintes disent les Provençaux)
ont toujours eu leurs veilleurs. Au xie siècle un ermite aurait
convaincu un prince, venu d’Arles pour chasser, de construire une église.
Ce fut certainement Guillaume II, il se lança dans de folles dépenses
pour la construction d’une grande église-forteresse englobant le
premier oratoire. Au début du siècle, c’étaient les
folco de Baroncelli, qui furent des poètes et des manadiers… Aujourd’hui
c’est Laurent Ayme, quatre-vingt-trois ans, authentique félibre1,
qui se dépense sans compter pour animer les pèlerinages,
écrire et mettre en scène des Pastorales et redonner vie
à la Confrérie (voir encadré).
Ces veilleurs sont bien l’étonnant mystère des Grandes
Saintes, ils sont la braise sous les cendres froides. Ils étaient
là au début du xviiie siècle après la terrible
Révolution, ils étaient là dans les années
vingt alors que pas un seul soldat saintois n’était revenu de la
guerre 14-18…
Toute la tradition provençale est imprégnée de
la foi catholique. C’est de la Provence qu’est partie l’évangélisation
de la France.
Qui sont les Saintes ?
L’origine de ce pèlerinage pourrait être écrit
comme un post-Evangile, mais il serait apocryphe, car il n’y a aucune source
historique écrite sur ses origines. Cependant il ne faut pas être
trop radical, car l’essentiel de l’histoire antérieure au xiie siècle
est archéologique, et de nos jours les historiens vont jusqu’à
affirmer « qu’un faisceau de témoignages convergents dépasse
en valeur historique un écrit souvent sujet à caution2 ».
En l’an 44, à la mort d’Hérode Agrippa, la Judée
est passée sous l’autorité directe des Romains. Les disciples
de Jésus se multipliaient, mais les prêtres du Sanhédrin,
craignant les Romains qui veillaient à l’ordre public, n’osèrent
pas les éliminer brutalement et ont préféré
les expulser. C’est ainsi que des témoins de la vie de Jésus
sont venus évangéliser la Gaule : Lazare le ressuscité,
Marthe et Marie-Madeleine ses sœurs, Maximin, Sidoine l’aveugle de naissance
guéri par Jésus, Marie Jacobé, Marie Salomé…
« Allez par tout le monde et prêchez la bonne nouvelle à
toute la création » (Marc 14, 16).
Ces derniers auraient été mis dans une barque, sans provisions…
et jetés à la mer. Une pieuse légende affirme que
Sara, leur servante, qui avait été laissée sur la
plage, a voulu les rejoindre. Salomé lui a jeté son châle
qui lui servit de radeau (une autre légende affirme qu’elle les
aurait accueillis à leur accostage en Gaule).
La barque s’est échouée sur l’île de Camargue.
Elles y ont construit un petit autel de terre pétrie mentionné
dans des manuscrits de Gervais de Tibury en 1212, et de Monseigneur Durand,
évêque de Mende à la fin du xiiie siècle. L’autel
sera retrouvé lors des fouilles de 1448.
– Marie Jacobé est appelée dans les Evangiles Marie de
Cléophas (Ja 19, 25), ou Marie mère de Jacques et de Joseph
(Marc 15, 40), ou Marie mère de Jacques (Luc 24, 10). Sa parenté
avec la Vierge ne peut pas être établie, Jean (19, 25) la
donne comme sœur, mais les Hébreux n’avaient dans leur vocabulaire
que frère et sœur pour désigner la parenté proche
qui englobait tous les cousins. Elle se maria à Cléophas
(appelé aussi Alphée) frère de Saint Joseph, et ils
eurent 4 fils : Jacques, Jude (ou Thaddée), Joseph (ou José),
Siméon (ou Simon) et plusieurs filles. Avec son frère Thaddée,
Jacques dit le Mineur a été appelé à l’apostolat,
il avait profité d’une apparition particulière du Christ
(1 Co 15, 7) après sa résurrection. Saint Jérôme
lui a recommandé l’église de Jérusalem, les apôtres
en ont fait l’évêque, il est mort martyr.
– Marie Salomé est l’épouse de Zébédée,
ses fils sont Jacques dit le Majeur et Jean, l’un des auteurs des Evangiles.
Elle sera avec la Sainte Vierge et Marie-Madeleine au pied du Calvaire.
De pieuses histoires nous disent qu’elles avaient comme compagnons
de voyage Lazare, qui est allé évangéliser Marseille
; Maximin, qui s’est rendu à Aix ; Marie-Madeleine, qui a suivi
son frère à Marseille, puis à rejoint Aix et la grotte
de la Sainte-Baume (voir Chrétiens Magazine de janvier 1987) ; Marthe,
qui a sauvé les habitants des bords du Rhône en éliminant
la Tarasque à Tarascon ; Sidoine, qui sera évêque d’Aix.
Les deux Maries, déjà âgées, avec l’aide
de Sara, se sont installées dans l’île de Camargue, près
d’une source d’eau douce qu’elles auraient découverte.
Le culte des Saintes
A n’en pas douter, elles ont évangélisé les habitants
qu’elles avaient trouvés en accostant en Camargue. Elles y ont été
enterrées à leur mort. Rapidement leur tombe a été
vénérée, la pieuse légende parle de nombreux
miracles. C’était certainement un lieu déjà visité
pour un temple païen dédié à Mithra ou à
Diane d’Ephèse (quelques restes ont été conservés
dont un autel de marbre que l’on peut voir dans la crypte de l’église
actuelle). La Bonne Nouvelle s’est d’autant plus facilement répandue
dans toute la contrée. Dès cette époque, les tribus
nomades des bohémiens, tziganes, caraques sont venues vénérer
les reliques des saintes et de Sara qu’ils disent être l’une des
leurs et dont ils ont fait leur patronne.
La première église a été construite au
ive siècle sous le vocable de Sainte-Maria-de-Ratis (Sainte-Marie-de-la-Barque)
englobant l’oratoire primitif qui était certainement leur maison.
Au ive siècle Saint Césaire, évêque d’Arles,
y a installé une communauté de religieuses, émanation
du monastère qu’il avait fondé à Arles en 512 avec
sa sœur Sainte Césarie.
Du viiie au xe siècle ce furent les invasions des Sarrasins.
La meilleure protection était la forteresse. D’où la construction
de l’église-forteresse si caractéristique qui protégeait
aussi les précieuses reliques. Elle a été plusieurs
fois reconstruite, mais l’appareil général qui a été
conservé est propre aux ouvrages militaires du viiie siècle.
Au xiie siècle le premier vocable de l’église était
tombé en désuétude au profit de Sancta-Maria-de-Mari
(Sainte-Marie-de-la-mer) qui a été conservé en le
pluralisant.
Tout au long du Moyen Age une multitude de princes de sang et de princes
de l’Eglise ont pèleriné avec les foules aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
De nombreuses prières ont été exaucées.
En 1332, l’évêque de Saint-Pol-de-Léon, Pierre
de Nantes, paralysé depuis plusieurs années, implore la protection
des Saintes et fait le vœu de visiter leur église si elles obtiennent
sa guérison. Il guérit, s’exécuta, composa à
leur gloire un hymne en vers latins et leur consacra trois autels.
L’invention des reliques
Les reliques demeuraient enfouies dans l’église, sans aucune
indication de l’endroit précis. Pour leur donner une place d’honneur,
au xve siècle, le pieux prince René d’Anjou (comte de Provence,
roi de Sicile et de Jérusalem) projette de les faire rechercher.
Le Pape Nicolas V lui en donne l’autorisation par une bulle datée
du 3 août 1448.
Toute l’affaire a été menée selon les règles
canoniques, d’une façon exemplaire. Entre autres, ont été
rassemblées toutes les pièces historiques de la légende,
nom liturgique de la vie d’un Saint – lue à l’office de sa fête
– toujours rédigée avec prudence et rigueur.
Les fouilles minutieuses et importantes ont mis à jour le canal
de la source d’eau douce, puis une tête d’homme enveloppée
dans une bandelette de plomb (c’est le chef de Saint Jacques le Majeur),
une cavité renfermant des écuelles en terre, du charbon de
bois et des cendres (c’est l’humble demeure des deux Saintes). Au fond
du chœur de l’église a été trouvé un monticule
de terre pétrie dans lequel a été découvert
une petite colonne de pierre blanche surmontée d’une petite pierre
de marbre, le tout formant un autel. En poussant les fouilles sur la gauche,
les ouvriers dégagèrent un corps humain parfaitement conservé
qui exhala une odeur suave très agréable, la tête reposant
sur une pierre de marbre sur laquelle était gravé Hic jacet
sancta Maria Jacobi (Ici repose sainte Marie Jacobé3). Les fouilles
sur le côté droit découvrirent un autre corps dans
la même position qui dégageait la même bonne odeur,
sur une pierre de marbre était gravé Hic jacet sancta Maria
Salomi (Ici repose sainte Marie Salomé).
D’autres fouilles du côté gauche de l’oratoire ont fait
apparaître 3 têtes d’enfants, disposées en triangle,
ce sont les chefs de trois des saints Innocents.
Dans les attributs des représentations des Saintes Maries on
voit qu’elles portent chacune une urne dans lesquelles elles avaient placé
en partant de Palestine les chefs de Saint Jacques le Majeur et des saints
Innocents.
Il est remarquable que ces restes se soient conservés pendant
plus de mille quatre cents ans dans une terre marécageuse et saumâtre.
A noter aussi que dès le temps des témoins directs du
Christ, les reliques (restes corporels des martyrs) avaient leur importance.
Les reliques ne sont pas qu’un souvenir attachant d’un être vénéré,
leur présence dans les églises est nécessaire, entre
autres dans la pierre d’autel.
aucune autre dépouille n’a été retrouvée
prouvant le respect qu’a porté l’Eglise aux Saintes.
Le légat du Pape, après avoir soigneusement lavé
les reliques, les plaça dans deux châsses de bois. De nombreuses
cérémonies se déroulèrent ce jour-là
devant une foule immense et enthousiaste accourue de toute la Provence.
Les reliques ont été exposées à la vénération
de tous sous un baldaquin, entourées de la cour royale de Provence
et des autorités de l’Eglise. Dans un reliquaire de bronze on été
déposées les têtes de saint Jacques et des saints Innocents,
ainsi que les ossements de Sainte Sara (rappelons qu’elle n’a jamais été
canonisée, mais qu’elle est considérée comme Sainte
par le pouvoir de la vox populi).
Après la fermeture des châsses contenant les reliques
des saintes, on les éleva solennellement dans la chapelle construite
au-dessus du chœur où elles sont toujours. Depuis cette époque
de nombreux miracles ont été consignés, ils n’ont
pas profité au cours des siècles d’enquêtes canoniques,
mais on ne peut pas les ignorer, tellement ils sont nombreux, sauf ces
dernières années. Une vieille amie religieuse, rencontrée
au dernier pèlerinage d’octobre, auprès de qui je m’en inquiétais,
m’a répondu avec bon sens : « On ne dit plus aux fidèles
que Dieu fait des miracles, alors ils oublient de lui remettre leurs souffrances,
ils se privent des plus grandes grâces que Dieu est prêt à
donner, encore faut-il le lui demander en faisant intervenir l’intercession
des saints. Un petit enfant sait très tôt que c’est en insistant
très lourdement auprès de ses parents qu’il obtiendra un
bonbon. Nos grandes saintes sont prêtes à faire beaucoup pour
nous, mais il faut le leur demander. Je viens chaque année avec
toutes les intentions que l’on me confie. Cette année, en plus,
je suis venue remercier. » Qu’on se le dise.
La Révolution
1793 : les conséquences des décisions iniques de la Convention
s’abattent sur la France déjà agonisante. La guillotine multiplie
ses victimes. Les prêtres qui refusent de prêter serment sont
emprisonnés quand ils n’ont pas choisi l’exil. Une tempête
destructrice va s’abattre sur les églises et les sanctuaires. Dieu
est chassé pour être remplacé par une idole stupide
à l’adoration de laquelle on poussera la population. Venus d’Arles,
des hommes en armes, après avoir menacé la population, s’introduisent
dans l’église des Saintes et s’emparent des meubles et objets de
valeur, dont deux reliquaires d’argent en forme de bras. Mais ils ignorent
les châsses.
Dans la nuit du 22 octobre, l’Abbé Abril et un de ses paroissiens,
M. Molinier, retirent des châsses une partie des ossements des saintes
et les cachent dans un hangar près du cimetière.
Le 5 mai 1794, les infâmes réapparaissent et saccagent
l’église. Rien ne leur résiste. Ils descendent les châsses,
décrochent les ex-voto, sortent le reliquaire de Sainte Sara et
brûlent l’ensemble en dansant une sarabande satanique. Les profanateurs
– tous venus d’Arles et connus des Saintois – seraient morts tragiquement
dans les deux ans, m’avait raconté dans mon enfance la vieille demoiselle
qui détenait la clé de la porte qui conduit au toit de l’église
(toujours visitable aujourd’hui).
Début 1797 : le Directoire vote plusieurs lois qui rétablissent
la paix nationale, dont l’abolition des lois contre l’Eglise. La France
exsangue aspire à la paix et beaucoup désirent ardemment
le retour de la religion.
Deux pieuses Saintoises remettent au nouveau curé des ossements
de Sainte Sara, sauvés des flammes de 1 794. Un administrateur du
district d’Arles rend l’un des deux bras reliquaires découvert dans
un bureau de son administration. Ce serait celui contenant une relique
de Sainte Marthe. M. Molinier, après avoir hésité
longtemps, par peur des représailles, indique la cache des reliques
des Saintes. L’histoire pieuse rapporte qu’il avait été sauvé
d’un naufrage en implorant les Grandes Saintes et qu’il avait fait le vœu
de se consacrer au renouveau des pèlerinages.
Les reliques ont été retrouvées serrées
dans des bandes munies de sceaux d’authentification de 1709 et 1710. Le
25 mai 1797, elles étaient solennellement installées dans
la chapelle haute, au chant du Te Deum, au milieu de joyeuses ovations.
L’année suivante, le 23 mai, à la descente des châsses,
Antoine Gousty, parvenu à la dernière extrémité,
est soudainement guéri. La foule le porte en triomphe devant le
Saint-Sacrement exposé en chantant à tue-tête l’hymne
d’action de grâces. La longue liste des guérisons reprenait.
Sur l’un des murs de l’église sont exposées des peintures
naïves d’ex-voto des xviiie et xixe siècle.
Les pèlerinages
Les deux pèlerinages annuels principaux :
– Les 24 et 25 mai (fête de Sainte Marie Salomé). C’est
aussi le pèlerinage des Fils du vent, les gitans qui viennent de
toute la France, d’Italie, d’Espagne, d’Irlande, mais aussi d’Afrique du
Sud et d’Inde. S’ils viennent pour les Saintes Maries, ils vénèrent
surtout leur patronne Sainte Sara.
– Le samedi et le dimanche qui suivent le 15 octobre (fête de
Sainte Marie Jacobé).
– Et le pèlerinage du samedi et du dimanche après le
3 décembre, réservé aux Saintes (mais ouvert à
tous). Pas de procession, mais descente des châsses.
Des récits du xixe siècle décrivent avec enthousiasme
les foules de pèlerins venus à pied, en charrette ou en bateau
dont Mistral arrivé de Maillane en voiture à cheval. Les
foules ont grossi à partir d’octobre 1892 grâce au petit train
venant d’Arles, inauguré en août.
Il faut avoir fait au moins une fois dans sa vie le pèlerinage
des Saintes, imprégné de cette ambiance chaleureuse toute
méridionale. Celui de mai est d’autant plus animé par la
présence des gitans, à l’expression de foi débordante
mais si sincère ! Comment ne pas être touché en les
voyant s’abîmer dans la prière, le visage couvert de larmes,
aux pieds de Sainte Sara ? Une remarque propre à notre temps : on
y voit de plus en plus d’hommes en prière, alors que je ne me souviens
pas en avoir vu, il y a seulement quelques années. Cela n’est pas
propre aux gitans, on voit de plus en plus d’hommes dans nos églises
aux messes de semaine, dont des moins de trente ans.
Ne manquez pas la cérémonie des châsses le samedi
après-midi. Depuis plusieurs siècles, elles descendent par
un treuil de la chapelle haute, au-dessus de l’autel. Tout au long des
cordages seront accrochés des bouquets et des ex-voto remis par
les pèlerins. L’assemblée entonne un vieux chant provençal,
rythmé à l’instar des vagues de la mer. Dès que la
descente est amorcée, tout à coup, tous les fidèles,
un cierge allumé en main, lèvent les bras, entrent liesse
en s’écriant : « Vive les Saintes, vive les Saintes… »
Beaucoup pleurent de joie. Certaines années un prêtre prononce
l’homélie en lango nostro. Les fidèles peuvent venir se recueillir
près des châsses. Certains les touchent et les embrassent.
Le lendemain, après la grand-messe, c’est le pèlerinage
sur la plage. La procession est ouverte par les gardians à cheval,
trident en main, vêtus de leur veste noire et d’une chemise colorée
faite de toile indienne (spécialité provençale depuis
le xviie siècle, relancée ces trente dernières années
avec des dessins et coloris de bon goût). En tête du cortège
le clergé, dont l’un des prêtres porte le bras reliquaire,
suivi des Arlésiennes costumées, des tambourinaires (musiciens
frappant de la main gauche sur le tambourin et jouant de la flûte
de la main droite). Entourant et portant la nef avec les Saintes, les membres
de la Confrérie. En mai, les gitans suivent en portant la statue
de Sainte Sara, autour de laquelle se bousculent les fils du vent pour
la toucher, l’embrasser, déposer un bouquet à ses pieds.
Lorsque le cortège arrive sur la plage, les gardians rentrent
dans la mer jusqu’au poitrail de leurs montures et forment un demi-cercle.
A leur tour les porteurs des Saintes et de sainte Sara marchent dans l’eau
suivis de quelques fidèles. L’évêque monte dans une
barque échouée sur la plage et bénit, avec le bras
reliquaire les statues, les pèlerins et la mer. Les cloches de l’église
sonnent à toute volée. Les statues sont ramenées à
l’église, accueillies à leur entrée par le Magnificat.
Elles sont alors remontées dans la chapelle haute. La cérémonie
se termine par l’hymne régional : Provencaou et catouli (Provençal
et catholique) que chacun chante à tue-tête, fier de sa race,
ainsi que le disait Mistral.
Christian Ravaz
1 - Félibrige : organisme
académique fondé en 1854 par Frédéric Mistral
pour la création d’un « provençal littéraire
», toujours actif. Les membres s’appellent les félibres.
2 - Les Saintes Maries de
Provence - Chanoine J.-M. Lamoureux - Reprint d’un livre de 1908 (seul
ouvrage disponible sur l’histoire des Saintes) - Editions Bélisane
- 16x24 - 294 pages - 160 F.
3 - L’une des pierres de
marbre blanc a été maçonnée dans une colonne
de l’église, à droite de la nef à bord de laquelle
ont été placées les statues des deux Maries. Cette
pierre est fortement usée par l’attouchement des pèlerins
qui lui prêtent des vertus curatives.
An
2000 : Le grand jubilé
Triomphe du cœur Immaculé
?
Nous annoncions dans notre numéro de février 1998 la fin
des messages de la Vierge reçus par Don Gobbi. L’aventure spirituelle
hors normes de cet humble prêtre italien avait commencé le
7 juillet 1973. En vingt-cinq ans, le Mouvement sacerdotal marial a rassemblé
plusieurs centaines de milliers de fidèles, des milliers de prêtres,
des cardinaux. Le plus surprenant est la quasi-inexistance de structures,
limitées à quelques bénévoles tous dévoués.
Pendant près de deux ans, Don Gobbi s’était installé
dans la discrétion, et tout à coup, au printemps, il reprit
son bâton de pèlerin et, d’avion en avion, se mit a parcourir
le monde entier. Lorsqu’on s’en étonnait, il répondait :
« Notre maman me l’a demandé. »
Nous vous proposons l’essentiel de son intervention au Cénacle
organisé au Laus (Hautes-Alpes).
« Dans ce dernier Cénacle, je veux mettre toute la France
dans le Cœur Immaculé de Marie, parce que je retourne demain en
Italie, avec cette conviction que la France est une terre piégée
par son adversaire, bien piégée. Cependant, c'est une terre
très aimée et très protégée par Marie.
»
« La Sainte Vierge est très peinée à cause
de la division interne dans l'Eglise, du fait que nous ne sommes plus unis
au Pape. La Madone appelle tous ses enfants à une grande unité
avec le Pape, les évêques
et les prêtres unis au Pape.
« Comment s'exprime cette unité avec le Pape ?
« De manière simple, avec la prière, avec l'amour,
avec la souffrance, en écoutant sa parole et en ignorant les critiques
dont il est l’objet.
« Dans cet ultime Cénacle, je veux mettre tous les enfants
de France dans le Cœur Immaculé de Marie.
Merci Jésus de nous avoir donné Ta Mère.
« Disons-lui souvent cette prière parce que c'est un très
grand don qu'il nous a fait, très précieux, le dernier, quelques
instants avant de mourir. Il avait les yeux voilés par le sang de
l'agonie, et avec peine Il entrevit la figure de Jean, et de sa Mère
et à sa Mère II dit : « Voici ton fils » et à
Jean, « Voici Ta Mère ». À partir de ce moment,
Marie devint la Mère de toute l'humanité rachetée.
La Mère de tous, dans l'ordre de la grâce et de la Vie divine,
dit le Concile. Notre Vraie Mère. »
« C'est pour cela que je suis avec vous pendant ces dix jours
où je parcours toute la France. Qu’est-ce que j’ai à vous
dire ? Au nom de la Mère, au nom de Marie, je vous apporte son réconfort,
sa parole, sa présence, sa caresse et je viens comme un frère
qui a grande joie de se retrouver parmi vous.
« La dernière fois, c'était il y a deux ans. Je
regrette de ne pas parler le français, je ne parle que l'italien.
Cependant, je voudrais vous dire dans votre langue une chose du cœur :
Je vous aime beaucoup ; j'espère que vous aussi, vous m'aimez
un petit peu. » (vifs applaudissements de la foule qui s’écrie
« oui, oui) »
« La Madone est en train de rassembler dans toutes les parties
du monde ses enfants, Elle les unit dans un lien spirituel par le cœur,
j’en suis au millième vol dans le monde entier, tout au long de
ces années j’ai vu ses fidèles qui répondent à
l'appel de la Madone. Ils ont un cœur nouveau, un cœur différent,
un cœur renouvelé. Qu'est-ce que je vois dans votre cœur ? Qu'est-ce
que je trouve dans votre cœur ? Je trouve un grand amour pour la Vierge
Marie. »
« Les temps de son triomphe sont arrivés. Je voudrais
vous dire quelque chose que j’ai entendu intérieurement, je vous
le confie. Il y a maintenant quinze ans, aux quatre coins du monde, je
disais que le Triomphe du Cœur Immaculé de Marie devait arriver
pour l'an 2000. Au début l’échéance était de
quinze ans, puis de dix ans, puis de cinq ans. Quand on a été
à trois ans, je disais : “chère Maman, j'ai dit partout que
le Triomphe devait venir pour l'an 2000, ou bien tu fais de Don Gobbi un
radoteur à la face du monde, ou alors tu fais éclater ton
Triomphe pour l'an 2000. ”
«Quand je suis allé au Brésil, pendant deux mois,
en janvier et en février, j'ai fait des Cénacles dans les
différents Etats avec 80 000 personnes et je pensais : l’échéance
est de dix mois, et j'avais peur de le répéter, alors intérieurement
la
Madone m'a fait sentir : “ Répète encore : le Triomphe de
mon Cœur Immaculé viendra au moment du Grand Jubilé de l'an
2000. ”
« Alors, vous devez savoir en quoi consiste ce Triomphe et comment
la Madone œuvre pour son Triomphe.
Le Triomphe du Cœur Immaculé de Marie se trouve dans le plus
grand Triomphe de Dieu, dans le plus grand Triomphe du Christ, qui renouvellera
le monde. Ce ne sera pas la fin du monde. Ce sera la fin du pouvoir de
Satan dans le monde. Vous devez comprendre que la Madone ne fera pas éclater
son Triomphe de manière improvisée un peu comme un tour de
passe-passe, comme le prestidigitateur vous fait voir le chapeau en disant
: « Il n'y a rien dedans », et puis tire une colombe du chapeau
; ce ne sera pas comme ça le Triomphe du Cœur Immaculé de
Marie, ce ne sera pas un tour de passe-passe.
«Le triomphe de son Cœur Immaculé, la Madone l'a bâti
ces années pendant lesquelles le Dragon rouge a construit son plus
grand triomphe, et nous sommes à la fin de ce temps qui a été
placé sous un particulier pouvoir concédé à
Satan. Je ne sais pas si vous connaissez la vision dont a profité
Léon XIII à la fin du siècle dernier. Il voyait en
vision venir Satan, il défiait Dieu et lui disait : “ Accorde-moi
cent ans, je te détruis l'Eglise et je séduirai l’humanité”.
Alors le Pape, en prévision de ce temps de grandes épreuves
et de grandes souffrances, a demandé que l'on dise à genoux
le fameux exorcisme : « Saint Michel Archange défendez-nous
dans le combat… » que les prêtres devaient réciter.
Cette prière a été prononcée jusqu'à
la réforme liturgique. »
« Ce siècle est sous le pouvoir de Satan ; à travers
l'athéisme théorique et l’athéisme pratique, il a
détaché l'humanité de Dieu, il a construit une civilisation
païenne, matérialiste, hédoniste, à la recherche
seulement du plaisir, et cette humanité a construit à la
place de Dieu des idoles que tous adorent : le plaisir, l'argent, le divertissement,
l'orgueil, l'impureté…
Combien vivent aujourd'hui en adorant ces idoles ? Cette humanité
s'est donné une loi morale qui est le contraire des 10 commandements
de Dieu. Il suffit de faire une analyse rapide pour constater comment chaque
commandement de Dieu est foulé aux pieds, rejeté.
« Dieu est Amour, et Satan est Haine. Dieu est la Vie, Satan
est la Mort.
Dieu est communion, voilà la très Sainte-Trinité.
«C’est la communion du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint,
et cette communion se reflète dans le peuple de Dieu.
Satan est division, il porte la division dans les familles, et voici
les luttes, les guerres. Le xxe siècle a été placé
sous le signe de la guerre. La Première Guerre mondiale, la Seconde
Guerre mondiale, les guerres ethniques, terribles en Asie, en Afrique et
maintenant en Europe. Alors Satan se sent au sommet de son pouvoir et il
dit : “ J'ai vaincu, j'ai fait une troupe avec les plus puissants, les
plus importants, les plus forts, c'est la troupe la plus forte, j'ai tout
pris. Parmi les plus grands, aussi, dans le monde ecclésiastique,
j'ai vaincu. » Mais la très Sainte-Trinité a confié
sa victoire à la plus belle des créatures afin que Satan
soit non seulement vaincu, mais humilié. Parce que lui est esprit
et qu'il sera vaincu par une créature qui n'a jamais été
effleurée par lui, jamais, parce qu'elle est Immaculée, pleine
de grâce, de sainteté, toute lumière, toute beauté,
pleine de Dieu. Notre Mère, Mère de Miséricorde. Cette
Créature c'est MARIE ; et parce qu'Elle est la petite servante du
Seigneur, celle désignée pour gagner cette bataille, Elle
a formé sa troupe, non avec les plus importants, mais avec les moins
importants, non avec les plus forts, mais avec les plus faibles, non avec
les plus grands, mais avec les plus petits, avec les pauvres, les pécheurs,
avec tous ses petits-enfants ; et à la fin, avec la troupe de ses
petits-enfants, ses plus petits enfants, Elle écrasera la tête
du serpent. L'Ecriture dit : avec son talon, le talon c'est la partie la
plus faible du corps, et Satan va tenter de la mordre au talon. Mais Satan
ne peut même pas s'approcher de Marie, à peine la voit-il
qu'il fuit. Comment peut-il essayer de la mordre au talon ? La partie la
plus faible de Marie, c'est nous, ses enfants que Satan a souvent frappés
et mordus avec son venin. Nous, nous sommes le talon de Marie, et Marie
le vaincra à travers nous.
« La Madone vaincra Satan, et à travers nous Elle apportera
sa Victoire et le Triomphe de son Cœur Immaculé, à travers
nous qui sommes ses petits-enfants. La Madone, partout dans le monde, a
formé sa troupe et les siens ont répondu. Regardez comme
elle est belle cette troupe, comme elle est nombreuse, comme elle est forte,
comme elle est petite et grande, comme elle est pauvre et puissante, de
la puissance de Dieu. A la fin, la Vierge écartera son manteau et
Elle montrera cette troupe qu'Elle a formée et Elle dira : “ Voici
le Triomphe de mon Cœur Immaculé. ”»
Cette annonce du Triomphe du Cœur Immaculé rejoint le message
de Marpingen (voir Chrétiens Magazine de novembre et décembre
1999). Le message du 17 octobre annonçait : « Dans un temps,
plus tard, lorsque Mon Cœur Immaculé aura triomphé »,
or il est admis qu’« un temps » (voir Apocalypse de st Jean)
est « une année ». Ceci ne réjoindrait-il pas
l’affirmation de raymondo Lopez, ci-dessus.
Nous avons enregistré une multitude de question, nous tenterons
d’y répondre progressivement dans nos prochaines éditions.
Christian Ravaz
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